
En 1835 puis en 1840, Alexis de Tocqueville publia en deux tomes un ouvrage fondateur à bien des égards, « De la démocratie en Amérique ». Il y analysa le système politique américain, exposant notamment les possibles dérives liberticides de la passion de l’égalité à tout prix et le risque de tyrannie de la majorité. En écrivant « De la démocratie en numérique », Virginie Rozière y réalise une évocation évidente. Le sous-titre, « Sortir de l’asservissement numérique de l’Europe » est lui aussi très explicite quant aux ambitions de l’ouvrage. L’introduction, sous forme de dystopie puis d’analyse de celle-ci, ferait, quant à elle, plutôt penser à Hannah Arendt et aux conséquences de la fin de la vérité.
Le diagnostic de la première partie est toujours bon à rappeler mais tient tout de même du truisme. Donc, soit, l’Europe est devenue une colonie numérique des Etats-Unis. Cet état de fait met, comme chacun devrait déjà le savoir, notre souveraineté politique en danger. Une deuxième partie explique comment l’Europe a commencé à réagir, avec la régulation, bien sûr, mais aussi avec des initiatives industrielles ou citoyennes. L’auteur dénonce avec justesse le marketing de la défaite qui explique que les industriels américains ont tellement gagné qu’il est même inutile de chercher à les concurrencer. Les Chinois ont déjà démontré par les faits l’inanité de la thèse. Et l’auteur liste d’ailleurs quelques initiatives industrielles européennes qui viennent contrer ce marketing. Enfin, la dernière partie vient dresser un plan de riposte comparable à la création de la Communauté Européenne.
Les personnes déjà sensibilisées au sujet n’apprendront rien. Mais l’ouvrage est tout de même salutaire car, précisément, le marketing de la défaite continue de faire des dégâts dans les directions d’entreprises. Chacun sait qu’il existe des alternatives parfaitement viables à tous les prestataires américains, sans aucune exception. Le tout est de les utiliser. Pour Noël, il peut donc être pertinent d’offrir ce livre à toutes les victimes du marketing de la défaite. Si cela se réalise, la fortune de l’auteur est assurée.
Polytechnicienne et ingénieure générale de l’armement, l’autrice, Virginie Rozière, a notamment été co-présidente des Radicaux de Gauche (2017-2021), députée européenne (2014-2019) et directrice du numérique au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (2023-2026).






