Supply
Industrie
le 6 octobre 2026
par Jérôme Glaenzlin

Orano : « Nous devons sécuriser les capacités de nos fournisseurs »

Entreprise française spécialisée dans les matières nucléaires, Orano prépare sa supply chain à accompagner la montée en puissance de ses activités. Emmanuelle Darot, directrice Achats et Supply Chain Groupe d’Orano, détaille les enjeux de sécurisation des capacités fournisseurs et d’anticipation des besoins à venir.
Emmanuelle Darot, directrice Achats et Supply Chain Groupe d’Orano.

La montée en puissance d’Orano met sa supply chain sous pression. Pour accompagner ses futurs projets industriels, notamment dans le traitement et le recyclage des matières nucléaires, le groupe doit anticiper dès aujourd’hui ses besoins et les capacités disponibles chez ses fournisseurs. Un enjeu d’autant plus stratégique que d’autres filières industrielles convoitent les mêmes capacités et compétences.

Chez Orano, la Supply Chain s’articule étroitement avec les achats et rassemble entre 350 et 400 collaborateurs au global, dont une quarantaine au niveau corporate. Pilotée par Emmanuelle Darot, rattachée à Pascal Aubret, directeur de la Performance, son périmètre comprend également la gestion de certains magasins, tandis que la logistique et le transport ne constituent pas le cœur de la direction.

« Il faut préparer les grands projets de demain, considérables dans le nucléaire. Nous devons vraiment nous tenir prêts en matière de stratégie achats, de préparation des panels et de compréhension approfondie de tout l’écosystème. »

Avec plusieurs grands projets industriels à venir, notamment dans le traitement et le recyclage des matières nucléaires, cette organisation doit désormais se projeter plusieurs années en amont pour anticiper les besoins, les capacités et les savoir-faire nécessaires. Emmanuelle Darot en fait une priorité : « Il faut préparer les grands projets de demain, considérables dans le nucléaire. Nous devons vraiment nous tenir prêts en matière de stratégie achats, de préparation des panels et de compréhension approfondie de tout l’écosystème. »

La montée en puissance d’Orano repose aussi sur la capacité de ses fournisseurs à suivre le rythme. Pour la Supply Chain, l’enjeu est donc de préparer suffisamment tôt les ressources et les savoir-faire nécessaires aux futurs projets du groupe. Emmanuelle Darot en fait l’une de ses priorités : « Nous allons avoir une croissance importante, avec des projets gigantesques, et nous devons au préalable sécuriser le capacitaire de nos fournisseurs et leur savoir-faire. Nous devons vérifier avec eux qu’ils auront bien ces capacités disponibles pour Orano. »

Cet enjeu est d’autant plus stratégique que 85 à 90 % de la masse d’achats d’Orano est réalisée auprès de fournisseurs français. La sécurisation des capacités repose donc très largement sur la faculté de cet écosystème industriel à accompagner la montée en charge du groupe. Cette anticipation doit également tenir compte de la concurrence exercée par d’autres filières industrielles sur les ressources disponibles. Emmanuelle Darot souligne : « Certains secteurs très proches, comme la défense ou l’énergie, vont utiliser en même temps énormément de ressources chez les mêmes types de fournisseurs. Il faut donc partager nos projections avec nos fournisseurs et les impliquer plus tôt dans nos appels d’offres pour qu’ils nous accompagnent dans cette aventure. »

Transformer la Supply Chain

Au-delà de la sécurisation des capacités, Orano cherche à renforcer le pilotage de sa Supply Chain. Aucune réorganisation n’est prévue, mais le groupe mène un plan de transformation visant à optimiser les usages, à repositionner la Supply Chain au cœur de l’organisation et à placer la performance au centre de chaque décision et des relations fournisseurs.

"Nous avons besoin d’identifier et de capter les innovations de nos fournisseurs pour les intégrer et construire les usines de traitement et de recyclage nucléaire du futur. "

La performance opérationnelle s’appuie notamment sur le suivi de l’OTD (On Time Delivery) pour mesurer le respect des délais de livraison, tandis que la fonction doit encore progresser dans l’harmonisation de ses processus et de ses outils.

Sur ce chantier, Emmanuelle Darot explique : « La roadmap de digitalisation sera dimensionnante pour obtenir une direction Supply Chain performante. Il nous faut auparavant simplifier les processus et converger vers un processus unique dans le groupe, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui. »

Cette transformation doit aussi permettre à Orano d’associer plus étroitement ses fournisseurs aux futurs projets industriels, afin de capter leurs savoir-faire et leurs innovations dès les phases de conception. Et Emmanuelle Darot de conclure : « Nous avons besoin d’identifier et de capter les innovations de nos fournisseurs pour les intégrer et construire les usines de traitement et de recyclage nucléaire du futur. Le challenge consiste à concevoir aujourd’hui des installations qui fonctionneront encore dans plusieurs décennies. »