
Pouvez-vous présenter Aosom et son modèle de distribution en France ?
Aosom est un groupe international dont l’entité juridique française est MH France. Présents en France depuis 2011, nous sommes un pure player du e-commerce spécialisé dans l’équipement de la maison, avec une offre qui couvre le mobilier intérieur et extérieur, l’animalerie, la décoration, le sport et les loisirs.
Nous avons développé plusieurs marques correspondant à différents univers, notamment Outsunny pour l’extérieur et Homcom pour l’intérieur. Ces marques restent encore peu connues du grand public, mais nos partenaires, comme Amazon, Cdiscount, Veepee ou Maisons du Monde, nous connaissent très bien puisque nous contribuons à leur croissance.
Les marketplaces représentent aujourd’hui 80 à 85 % de notre activité, à travers plus d’une trentaine de plateformes. Nous disposons également de nos propres sites e-commerce, notamment Aosom.fr et des sites dédiés à nos marques.
Cette stratégie remonte à notre implantation en France. Pour un nouvel entrant, les marketplaces constituaient le moyen le plus simple de pénétrer le marché, en référençant rapidement les produits et en s’appuyant, dans certains cas, sur leurs capacités logistiques.
Vous avez récemment repris la marque Alinéa. Quelle est votre ambition et comment comptez-vous la repositionner ?
Nous avons repris la marque et les bases clients, mais pas les magasins ni les salariés. Notre objectif est de développer une activité distincte d’Aosom, avec des équipes dédiées, que nous continuons à renforcer. Alinéa pourra néanmoins s’appuyer sur nos forces internes, notamment notre logistique et nos fonctions transversales.
Les deux enseignes s’adressent à des clientèles différentes. Aosom se positionne sur l’entrée et le milieu de gamme, avec une offre accessible, tandis qu’Alinéa restera sur le segment du premium abordable.
Nous voulons absolument préserver son ADN, notamment son univers méditerranéen. Il n’est pas question de transformer Alinéa en une déclinaison d’Aosom ou de dégrader son positionnement.
Où en êtes-vous dans la relance d’Alinéa ? Envisagez-vous également un retour dans le commerce physique ?
Le site e-commerce est prêt, mais notre priorité reste la construction de l’offre produit. Nous ne souhaitons pas nous approvisionner auprès des mêmes fournisseurs que pour Aosom. Nous avons repris contact avec de nombreux fournisseurs historiques d’Alinéa et continuons à travailler avec eux, notamment des acteurs français, européens et méditerranéens.
Je préfère retarder le lancement plutôt que de proposer une offre qui ne correspondrait pas à l’identité de la marque. Lorsque les consommateurs reviendront sur le site, ils devront retrouver ce qui faisait la singularité d’Alinéa.
Notre priorité, sur les 18 prochains mois, est de réussir la relance en e-commerce, de stabiliser l’offre et de développer de nouvelles collections. Une première collection entièrement nouvelle devrait arriver en septembre 2027.
Nous réfléchissons également à d’autres formats de distribution, comme un réseau de franchises ou des corners dans des enseignes existantes. Mais aucune décision n’a été prise à ce stade. Nous voulons avancer étape par étape, en nous appuyant d’abord sur notre expertise du e-commerce.
Quelles leçons tirez-vous des difficultés rencontrées par Alinéa et comment comptez-vous redonner de la désirabilité à la marque ?
Plusieurs facteurs ont contribué aux difficultés d’Alinéa. L’offre s’était progressivement affaiblie, tandis que les coûts d’approvisionnement étaient devenus importants. Il y avait également le poids du réseau physique. Dans un secteur de l’ameublement en grande difficulté, financer des magasins de plusieurs milliers de mètres carrés devient particulièrement complexe. Des plans de transformation avaient été engagés, mais ils sont intervenus dans un contexte de crise, sans permettre aux précédents propriétaires de redresser l’activité.
Pour relancer la marque, nous devons d’abord proposer une offre produit cohérente et une expérience client irréprochable. Pour moi, cette expérience commence dès la recherche du produit et se poursuit jusqu’à la livraison à domicile, voire jusqu’au retour éventuel. Toutes ces étapes constituent une chaîne qui doit être parfaitement fluide.
Une fois cette expérience consolidée, nous pourrons communiquer autour des valeurs historiques d’Alinéa, en nous appuyant notamment sur des collaborations, des influenceurs et les différents supports digitaux.
L’intelligence artificielle bouleverse la recherche de produits et les parcours d’achat. Comment Aosom se prépare-t-il à cette transformation ?
L’intelligence artificielle est un sujet sur lequel nous travaillons depuis quatre à cinq ans à l’échelle du groupe. Aujourd’hui, l’IA intervient pratiquement dans tous nos outils internes : traductions automatiques entre les filiales, prévisions de ventes, prévisions logistiques et opérations. Elle prend également une place croissante dans les fonctions commerciales et marketing.
Concernant l’évolution de la recherche de produits, notamment avec ChatGPT ou Perplexity, nous réalisons des tests quotidiennement. Nous observons ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Lorsque les résultats seront suffisamment probants, nous pourrons accélérer les déploiements.
Cette évolution représente une véritable opportunité, mais aussi une source de concurrence supplémentaire pour les acteurs installés. Un nouvel entrant très spécialisé, par exemple sur une catégorie comme les tables de chevet, pourrait capter une partie de notre activité en étant plus rapide et plus agile.
Pour autant, je pense que le commerce restera fondamentalement une mise en relation entre un acheteur et un vendeur. Ce sont les modalités de cette mise en relation qui évoluent. Nous avons déjà connu des transformations comparables avec l’arrivée de Google, de Google Shopping et des moteurs de recherche.
Il faudra ensuite observer les mouvements de consolidation. Comme sur beaucoup de marchés émergents, certains acteurs réussiront, d’autres disparaîtront, et les modèles les plus rentables finiront par s’imposer.
Vous avez noué un partenariat avec la Fédération française de handball. Pourquoi ce choix ?
Ce partenariat concerne la marque Aosom. Notre objectif est de développer sa notoriété en nous associant à une fédération sportive reconnue et performante, dont nous partageons les valeurs. Nous souhaitons également créer des collaborations autour de produits co-brandés avec la Fédération française de handball, notamment dans l’univers du sport, et nous appuyer sur son audience pour toucher de nouveaux consommateurs.
Le handball est un sport particulièrement familial et fédérateur, qui touche toutes les générations. Il repose également sur un tissu associatif important, avec des clubs et de nombreux bénévoles.
Côté performance financière, où en êtes-vous ?
Nous comptons aujourd’hui 130 collaborateurs en France et nous devrions terminer l’année 2026 autour de 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous enregistrons une croissance de l’ordre de 25 % par an. C’est un rythme que nous travaillons à maintenir et que nous devrions retrouver cette année. Notre ambition est de poursuivre cette dynamique au cours des dix prochaines années.
Notre activité repose sur plusieurs catégories de produits, avec des saisonnalités complémentaires. Le printemps et l’été sont naturellement très porteurs pour l’outdoor, notamment les salons de jardin. Mais nous réalisons également des volumes importants en fin d’année sur d’autres univers.
Le BtoB représente un axe de développement important. Nous bénéficions également de la puissance d’achat croissante du groupe. Plus notre taille augmente, plus nous sommes capables de négocier efficacement, aussi bien auprès des usines que des compagnies maritimes.
Notre autre force réside dans l’intégration de l’ensemble de la chaîne de valeur. Nos systèmes informatiques sont développés en interne, tout comme nos outils logistiques. Nous maîtrisons ainsi directement une grande partie de nos opérations.
Votre positionnement prix constitue-t-il également un avantage dans le contexte actuel ?
Très clairement. L’accessibilité fait partie de l’ADN d’Aosom. Les consommateurs peuvent exprimer une envie de produits haut de gamme, mais dans leurs décisions d’achat, ils restent très attentifs aux prix et se tournent souvent vers des offres plus accessibles. C’est précisément notre positionnement. Nous répondons également à une tendance de consommation. Les clients aiment renouveler régulièrement certains éléments de leur mobilier ou leurs petits équipements.
Comment organisez-vous votre activité à l’international et votre logistique pour optimiser les coûts ?
Nous vendons dans une trentaine de pays. Nous disposons notamment de bureaux et d’entrepôts en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Roumanie, aux États-Unis et au Canada. Nous développons également des ventes transfrontalières. L’Espagne dessert par exemple le Portugal, tandis que l’Allemagne couvre une partie des pays d’Europe de l’Est.
Cette organisation nous permet de mutualiser nos stocks. Lorsqu’un produit est en rupture en France, nous pouvons proposer une offre disponible en Italie ou en Allemagne, puis l’expédier directement depuis ces pays.
Pour gérer ces flux, nous avons développé nos propres outils, notamment nos OMS et WMS. Ils permettent de prendre en compte les caractéristiques de chaque produit et les différents partenariats avec nos transporteurs. Des algorithmes, intégrant de l’intelligence artificielle, sélectionnent ensuite le transporteur le plus adapté à chaque expédition.
Comment faites-vous face à la concurrence des plateformes chinoises, notamment Temu ?
Ces plateformes ont également été nos partenaires. Elles sont arrivées très fortement sur le marché, même si j’ai le sentiment qu’elles connaissent actuellement un certain recul. Je pense qu’elles devront faire évoluer leur modèle économique. La taxation des petits colis représente notamment un enjeu important pour ces acteurs, très positionnés sur des produits à bas prix. Lorsqu’un produit coûte moins de deux euros, l’ajout de deux ou trois euros de taxe change considérablement son prix final. Je considère que ces mesures contribuent à protéger notre économie.
Quels sont vos prochains projets pour soutenir votre croissance ?
Nous avons pris possession en avril 2026 d’un nouvel entrepôt de 100 000 m² situé au nord d’Orléans, que nous avons fait construire. Cet investissement représente près de 100 millions d’euros. Avec la reprise d’Alinéa, nous venons donc de réaliser deux investissements majeurs. Nous disposons désormais d’outils et de structures importants. Notre priorité est de les optimiser et de les rentabiliser pour en tirer le maximum de valeur. Je reste attentif aux éventuelles opportunités d’acquisition, comme je le fais depuis plusieurs années. Mais, pour le moment, nous souhaitons surtout nous concentrer sur les investissements déjà réalisés et exploiter pleinement leur potentiel.





