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le 30 septembre 2026
par Tanguy Leclerc

La reconquête du Mondial de l'Auto s'accélère

Avec 60 marques présentes, le salon parisien confirme son regain d’attractivité et poursuit sa transformation en un rendez-vous plus festif et participatif.
© Mondial de l'Auto

Vingt marques en 2022, quarante-huit en 2024, soixante annoncées cette année. Pour le Mondial de l’Auto, la sortie de crise se mesure d’abord à la liste des exposants. Après des années durant lesquelles les constructeurs ont questionné l’intérêt des grands salons, le rendez-vous parisien retrouve leur faveur. En octobre 2024, Le Monde décrivait déjà une manifestation reprenant des couleurs après une édition 2022 désertée par une grande partie des marques. À Paris Expo Porte de Versailles, une centaine de stands se répartiront sur 70 000 m² d’exposition dans les halls et 15 000 m² en extérieur. Les groupes français y seront présents en force. Fidèle au rendez-vous, Renault Group réunira une cinquantaine de véhicules, dont six nouveautés présentées pour la première fois au public. Ses quatre stands (Renault, Dacia, Alpine et Renault Pro+) occuperont 5 000 m². Stellantis déploiera un dispositif d’une ampleur comparable : plus de soixante véhicules sur 5 340 m² dans le hall 6, où seront réunies huit marques : Alfa Romeo, Citroën, DS Automobiles, Fiat, Lancia, Leapmotor, Opel et Peugeot.

Cette mobilisation s'étend aux constructeurs étrangers, avec les retours de Ford, Volvo et Mercedes. Déjà présent en 2024, le groupe Volkswagen confire pour sa part sa participation avec cinq marques : Volkswagen, Volkswagen Véhicules Utilitaires, Škoda, Cupra et Audi. BMW, un temps annoncé, s’est en revanche désisté.

L'éditon 2024 du Mondial de l'Auto avait rassemblé 500 000 visiteurs.

La transition automobile redonne une fonction au salon

Cette mobilisation répond à un besoin que les campagnes publicitaires et hors-médias ne suffisent pas à satisfaire. Entre nouvelles motorisations, montée en puissance des véhicule électriques et logiciels embarqués, l’achat automobile exige davantage d’explications. Le salon permet de réunir ces questions au même endroit, de confronter les réponses et de passer de la découverte à l’essai. « La transformation du marché automobile est probablement la raison la plus importante du succès du Mondial », estime Frédéric Bedin, président du directoire de Hopscotch Groupe, coorganisateur de l’événement avec la Plateforme Automobile (PFA). Il défend la capacité du salon à offrir un cadre de comparaison relativement neutre, là où une concession reste associée à la vente d’une marque. Les espaces pédagogiques consacrés à l’électrique et aux nouvelles énergies, ainsi que la présence d’énergéticiens présentant les solutions de recharge à domicile, doivent accompagner cette démarche. L’élargissement du salon dépasse d’ailleurs les seuls constructeurs. Google, BCG, Capgemini, partenaire global, et Valeo figurent parmi les exposants ou partenaires de l'événement. Une manière de rendre visibles des acteurs et des savoir-faire qui restent souvent méconnus des automobilistes. La programmation officielle prévoit également une Fabrique de l’Innovation, portée par la PFA dans le hall 5.1, ainsi que des conférences associant notamment Google et Capgemini. Le Mondial entend ainsi accueillir les échanges professionnels sur la transformation du secteur tout en les rendant tangibles pour ses visiteurs. 

L’essai devient un argument commercial

La possibilité de prendre le volant participe directement à cette utilité retrouvée. Le centre d’essais intégré au salon, dont la réservation est liée à l’inscription au Mondial, a progressivement convaincu les marques. Lors des deux précédentes éditions, tous les créneaux proposés aux constructeurs n’avaient pas été commercialisés. "Cette année, l’ensemble des espaces est réservé", indique Frédéric Bedin. Certains exposants qui organisaient leurs essais depuis des hôtels voisins ont rejoint le dispositif commun.

Le parcours de visite peut donc se prolonger par une expérience de conduite et, potentiellement, par une décision d’achat. Selon les données fournies par les organisateurs, un quart des visiteurs viennent prospecter pour acquérir un véhicule. "Le salon conserve une fonction commerciale très concrète pour certains constructeurs, au-delà des lancements et de leur retentissement médiatique", insiste le président du directoire de Hopscotch Groupe.

Autre nouveauté annoncée : des essais de véhicules autonomes ouverts au public, sur réservation. La programmation officielle prévoit un accès depuis le hall 7.1 et des créneaux de vingt-cinq minutes. "L’objectif est de faire découvrir concrètement une technologie que les visiteurs ne connaissent encore largement qu'à travers les annonces des industriels", explique Frédéric Bedin.

Des marques qui doivent aussi donner envie

La pédagogie ne résume cependant pas l'ambition de cette 91e édition. Les organisateurs poursuivent la "festivalisation" du Mondial, avec l'ambition d’attirer les familles et les curieux autant que les acheteurs. Une compétition de Mario Kart World, organisée avec L’olivier Assurance sur Nintendo Switch 2, fera son entrée dans le salon, avec des qualifications et des sessions de jeu libre. Des DJ sets de Radio FG accompagneront les déjeuners et les soirées, notamment lors des nocturnes du vendredi et du samedi. Des spectacles de lasers compléteront la programmation. Un espace de 700 m², baptisé (Un)limited, sera par ailleurs consacré aux véhicules d’exception.

Cette dimension festive répond aussi à un enjeu de différenciation. À mesure que les technologies se rapprochent, les constructeurs doivent préserver un univers, une personnalité et un rapport particulier à leurs clients. « Si une voiture se résume demain à un moteur électrique, quatre roues et un ordinateur, les marques devront d’autant plus préserver ce qui les distingue : le plaisir et ce que leur choix exprime pour l’acheteur », analyse Frédéric Bedin.

Cette ambition se retrouve dans les stands. Sous réserve des contraintes logistiques, les exposants disposent d’une liberté de conception importante. Le patron d'Hopscotch juge les projets de cette année beaucoup plus aboutis qu’il y a quatre ans, lorsque certains envisageaient encore de présenter leurs voitures sur une moquette, devant un écran. Reste une tension que la reprise n’efface pas : comment encourager des expériences plus travaillées sans relancer la surenchère des surfaces et des budgets ? Les organisateurs cherchent à contenir cette escalade. Pour les marques, la fidélité au salon dépendra aussi du rapport entre le coût de leur présence et les résultats obtenus.

La croissance se prépare déjà pour 2028

Le format resserré sur une semaine participe à cette maîtrise des dépenses. Il impose aussi une limite à la fréquentation. Après environ 500 000 visiteurs en 2024, Frédéric Bedin anticipe un volume sensiblement comparable cette année : la capacité d’accueil laissant peu de marge pour aller beaucoup plus loin. La billetterie représente pourtant la moitié des revenus du Mondial, l’autre moitié provenant des surfaces payées par les constructeurs. Avec un prix moyen du billet autour de vingt euros, l’attractivité auprès du public constitue donc une condition essentielle de l’équilibre économique.

Pour 2028, trois jours supplémentaires ont été obtenus auprès de Viparis, permettant d’ajouter un second week-end. Frédéric Bedin estime que cette extension pourrait permettre d'accueillir jusqu’à 150 000 visiteurs de plus et accroître les occasions de vente pour les exposants. L’organisation de deux journées presse reste, elle, à l’étude. Les organisateurs réfléchissent également à faire vivre le Mondial toute l’année et à développer des déclinaisons ailleurs en Europe. Ces pistes restent à construire. Mais elles traduisent un changement de perspective : après avoir dû convaincre les marques de revenir, le salon doit désormais trouver comment accompagner leur retour sans compromettre son économie.