Supply
Industrie
le 5 février 2026
par Stéphanie Gallo Triouleyre

Lindt : « Assurer un rôle de chef d’orchestre malgré les perturbations incessantes qui interviennent »

Luc Drouard est le nouveau directeur supply chain France du groupe chocolatier suisse Lindt. II a fort affaire pour maintenir la performance de la Supply Chain dans un contexte extrêmement mouvant, marqué en particulier par le doublement des prix du cacao. Trois points figurent en tête de sa feuille de route : la décarbonation, la digitalisation et l’optimisation des flux.

Quelle est l’empreinte industrielle du chocolatier suisse Lindt en France ?

Lindt France compte un site industriel situé à Oloron-Sainte-Marie, dans les Pyrénées-Atlantiques, principalement spécialisé dans les tablettes de chocolat et les produits saisonniers de Noël, comme les boîtes de chocolat type Champs-Élysées et nous avons un siège social à Paris. Lindt France compte environ 1 300 collaborateurs, dont 600 salariés permanents à l’usine et 350 saisonniers, ce qui porte l’effectif du site industriel à près de 1 000 personnes en pleine période de production.

Quel est votre périmètre de responsabilité en tant que directeur supply chain France ?

Le périmètre est assez large : approvisionnement en matières premières et en emballages, prévision des ventes, planification industrielle, logistique interne et externe, gestion des relations avec nos prestataires logistiques, service client pour la gestion des commandes et de la facturation avec la grande distribution, ainsi qu’un service export pour les produits fabriqués en France et envoyés vers nos filiales à l’étranger. Cela représente environ 80 personnes.

Concernant plus précisément votre organisation logistique, quel est le schéma ?

La logistique est externalisée. Nous travaillons avec deux prestataires, Stef et Olano, en charge de nos transports et de l’exploitation de quatre entrepôts. Deux sites sont situés à proximité de l’usine et desservent principalement le sud, l’ouest et le sud-est du pays. Les deux autres se trouvent dans le nord de la France : l’un est dédié au marché français, l’autre aux flux export vers nos filiales. Ces entrepôts reçoivent et stockent la production de notre usine française ainsi que les mix produits destinés au marché français et provenant de nos filiales européennes situées notamment en Allemagne, en Suisse, et en Italie. Les produits sont centralisés avant d’être distribués vers les clients.

La Supply Chain doit s’adapter à un environnement changeant, avec deux grands enjeux : économique et environnemental

Quels sont vos principaux enjeux et défis pour les prochaines années ?

De manière générale, la Supply Chain doit s’adapter à un environnement changeant, avec deux grands enjeux : économique et environnemental. Sur le plan économique, la hausse des prix du cacao par exemple nous impose d’optimiser nos flux, de réduire les pertes, de maîtriser les coûts logistiques, les stocks et les inventaires, tout en restant agiles et réactifs face aux attentes des consommateurs. La digitalisation et l’analyse des données seront des leviers majeurs pour améliorer notre performance dans cette dynamique.

L’objectif du groupe est d’atteindre la neutralité énergétique à horizon 2050, avec une étape intermédiaire de réduction de 50 % des émissions d’ici 2030

Et sur le plan environnemental ?

L’objectif du groupe est d’atteindre la neutralité énergétique à horizon 2050, avec une étape intermédiaire de réduction de 50 % des émissions d’ici 2030. La Supply Chain va évidemment prendre une part importante dans cette marche en avant. Nous sommes engagés dans le programme FRET21 par exemple. Les données chiffrées sont en cours de finalisation, je ne peux pas vous les détailler mais il est certain que la Supply Chain joue un rôle clé dans le plan RSE de Lindt. Nous avons par exemple travaillé l’optimisation du taux de remplissage des camions, aussi bien entre l’usine et les entrepôts que vers les clients, avec un taux d’environ 90 % désormais. Par ailleurs, les flux entre l’usine et nos prestataires logistiques sont à présent assurés à 100 % en biodiesel.

D’autres leviers sont-ils à l’étude ?

Oui, notamment le développement de solutions de transport électrique pour certaines navettes, en collaboration avec nos prestataires logistiques. Ces projets sont envisagés à l’horizon 2027-2028, le temps de sécuriser les flux et les investissements nécessaires. Nous allons également investir dans l’installation de bornes de recharge électriques.

Quelles sont les spécificités de la supply chain du chocolat par rapport à d’autres produits de grande consommation ?

La principale réside dans l’exigence de qualité premium, qui est au cœur de la marque Lindt. Le chocolat touche directement l’affect du consommateur. Il faut garantir que le produit final corresponde exactement à ce qui est attendu, tant en goût qu’en apparence. Après la production, nous devons respecter des règles très strictes en matière de température et d’humidité, aussi bien en stockage qu’en transport. Ces paramètres sont suivis avec nos prestataires logistiques et nous analysons également les retours et réclamations des consommateurs dans une logique d’amélioration continue.

Les produits sont stockés progressivement puis livrés en masse à l’automne, afin d’être présents en magasin dès octobre-novembre

Comment votre supply chain s’adapte-t-elle à la pick période de Noël ?

La production s’étale sur environ huit mois, avec un renfort important en personnel, aussi bien en production qu’en logistique. Les produits sont stockés progressivement puis livrés en masse à l’automne, afin d’être présents en magasin dès octobre-novembre. Les entrepôts se vident en quelques semaines.

Le service client, rattaché à la Supply Chain, travaille avec les enseignes pour planifier au mieux les livraisons

Comment gérez-vous cette forte accélération des flux ?

Le service client, rattaché à la Supply Chain, travaille avec les enseignes pour planifier au mieux les livraisons. Ces informations sont ensuite transmises à nos prestataires logistiques, qui organisent les moyens de transport adaptés et les renforcent forcément significativement.

Voyez-vous encore des axes d’amélioration sur cette saisonnalité ?

Même lorsqu’une saison se déroule bien, nous analysons ce qui peut être amélioré afin d’être encore plus agiles et prédictifs. Chaque saison est différente et nécessite une capacité d’adaptation permanente. Et je dois avouer c’est bien là tout l’intérêt de ce métier de directeur Supply Chain : savoir assurer un rôle de chef d’orchestre malgré les perturbations incessantes qui interviennent.

Portrait Luc Drouard (44 ans) travaille depuis un peu plus de vingt ans dans l’industrie des biens de grande consommation. Il a rejoint Lindt France en février 2025. Avant cela, il travaillait chez un grand lessivier américain où il avait débuté comme ingénieur process en production, avant d’évoluer vers des fonctions supply chain : planification usine, prévision des ventes, logistique et déploiement des stocks entre entrepôts.