Avons-nous vendu très bon marché notre âme au diable sans y prendre garde ? L’informatique (on dit aujourd’hui le numérique) a permis des progrès considérables en performance et en productivité. Cette technologie constitue sans doute possible une révolution non seulement industrielle mais aussi sociétale. Mais nous sommes devenus dépendants de cette informatique. Et ceux qui peuvent nous fournir notre dose de numérique sont, de ce fait, devenus nos maîtres. Le pouvoir nous a échappé sans bataille, sans clairon, sans charge de cavalerie ou prise de barricades. Ce constat est à la base de « Sous l’emprise du code – Comment le numérique menace la souveraineté des états », un essai de Nouamane Cherkaoui qui vient de paraître aux éditions de l’Eclaireur.
L’auteur commence par dresser une véritable liste, au fil de chapitres dédiés à chaque item, de nos soumissions. Certaines sont évidentes (la fourniture de puces électroniques par exemple), d’autres moins (les algorithmes qui imposent leurs normes et celles de leurs auteurs). Pour chaque dépendance ou addiction, il existe évidemment une série de risques induits, réalisés ou potentiels. La deuxième partie constate un deuxième défi : celui de la fragmentation, loin de l’idéal universaliste (et libertarien) des premières heures d’Internet. Les barrières juridiques et techniques se dressent, bien sûr, mais les pires sont peut-être les barrières mentales et algorithmiques. Enfin, les derniers chapitres tentent de trouver des solutions. Certaines sont bien connues mais manquent surtout de volonté politique. D’autres relèvent des initiatives citoyennes à base d’open-source, de chiffrement et de décentralisation. Doit-on soupirer en souriant ou bien espérer en agissant ? C’est finalement le dilemme qui nous attend à la fin du livre. C’est à chaque lecteur de choisir : soumission ou rébellion.
L’auteur maîtrise bien sûr son sujet : Nouamane Cherkaoui est Directeur général adjoint et Directeur de la Transformation & de la Stratégie de BPCE Solutions informatiques. Gérer les risques, dont les dépendances, c’est le métier de son entreprise. Bien que le sujet soit ardu, et loin d’être populaire (« cachez cette soumission que je ne saurais voir » pourrait-on dire), il sait convaincre et l’ouvrage se lit facilement. Il serait pertinent que la prise de conscience à laquelle l’auteur nous invite devienne générale. Et que, enfin, l’on réagisse. Tous.