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Maritime et Fluvial
le 21 janvier 2026
par Jérôme Glaenzlin

Windcoop lance le premier porte-conteneurs à voile au monde

Première mondiale dans le transport maritime, Windcoop, coopérative maritime, a lancé la construction d’un navire de 91 mètres destiné à relier Marseille à Madagascar. Ce porte-conteneurs sera équipé de voiles avec un objectif de –60 % d’émissions de CO₂. Le navire doit prendre la mer en 2027.
Le futur porte-conteneurs à voile de Windcoop, conçu pour assurer une ligne régulière tout en réduisant l’empreinte carbone.

C’est un projet inédit qui entend bousculer les standards du transport maritime conteneurisé. Windcoop, créée pour investir collectivement dans le transport maritime, a lancé la construction d’un porte-conteneurs. Il intégrera une propulsion électrique couplée à une motorisation.  Objectif : réduire l’empreinte carbone tout en assurant une exploitation régulière sur une ligne commerciale.

Cette initiative est directement issue d’un constat formulé par les acteurs à l’origine du projet, au premier rang desquels Matthieu Brunet, président de Windcoop. «Aujourd’hui, il n’existe plus de ligne directe entre Madagascar et la France. Les conteneurs changent deux à quatre fois de bateau en passant par des hubs intermédiaires, dans une logique de massification des volumes », explique-t-il. Une organisation qui pèse lourdement sur les délais puisque, « dans la pratique, un conteneur met rarement moins de six semaines à arriver et cela peut facilement monter à deux ou trois mois selon les aléas. A ce jour nous savons quand le conteneur part, mais rarement quand il arrive », résume-t-il. Une situation qui complique la gestion des stocks, accroît l’immobilisation financière et limite la capacité de projection des chargeurs.

Recréer une ligne directe pour sécuriser les flux

« Nous irons moins vite, mais nous mettrons environ quatre semaines de manière fiable et garantie. Pour les chargeurs, cette visibilité change tout »

Sur cette base, Windcoop a conçu son modèle. L’innovation repose sur un principe simple : recréer une ligne directe, sans rupture de charge, afin d’apporter de la visibilité logistique là où le système actuel génère de l’incertitude. Avec son futur navire, Windcoop entend proposer une liaison régulière, quitte à naviguer à une vitesse inférieure à celle des grands porte-conteneurs motorisés. Matthieu Brunet souligne : « Nous irons moins vite, mais nous mettrons environ quatre semaines de manière fiable et garantie. Pour les chargeurs, cette visibilité change tout ».

Matthieu Brunet, président de Windcoop, à l’initiative d’un projet inédit dans le transport maritime conteneurisé.

Au-delà des délais, le projet vise également une réduction significative de l’empreinte carbone. Matthieur Burnet précise : « La voile a des limites physiques. Elle ne remplace pas tout, mais sur des navires de taille intermédiaire, elle apporte une vraie valeur, à la fois en termes de carbone et d’exploitation ».

« L’enjeu, c’est de démontrer que l’on peut concilier performance logistique, réduction de l’empreinte carbone et contraintes économiques »

Un projet industriel de 30 millions d’euros

La construction du porte-conteneurs représente un investissement d’environ 30 millions d’euros. Elle est en cours à Tuzla, en Turquie, au chantier RMK Marine, qui a notamment construit le Neoliner Origin, un navire roulier à propulsion vélique développé par Neoline pour le transport de fret sur une ligne transatlantique.

Pour Windcoop, ce premier navire doit servir de démonstrateur industriel. « Nous ne sommes pas sur un prototype marginal, mais sur un navire de transport de conteneurs, exploité sur une ligne commerciale, avec les mêmes exigences de fiabilité que le transport maritime classique », insiste Matthieu Brunet. « L’enjeu, c’est de démontrer que l’on peut concilier performance logistique, réduction de l’empreinte carbone et contraintes économiques », conclu-t-il.

Reste à savoir si cette première mondiale pourra s’imposer comme un modèle industriel dans un transport maritime encore fortement dominé par la massification et les énergies fossiles.