
Basé à Marseille, Rossi Boissons est un grossiste-distributeur en boissons dédié aux acteurs de la consommation hors-domicile (bars, restaurants…) des Bouches-du-Rhône. Il assure également des services connexes comme de la logistique, du soutien commercial, du conseil en fonds de commerce… Cette entreprise familiale distribue de la bière (Pietra, Kronenbourg, Budweiser, Meteor, Saint-Omer…), des vins, du Champagne, des alcools distillés, des boissons non-alcoolisées… ainsi que des produits d’hygiène et d’art de la table, le tout pour un chiffre d’affaires d’environ 35 millions d’euros. « Surtout en cette période de hausse des prix des carburants, l’enjeu est d’augmenter les quantités d’articles commandés par livraison pour augmenter le chiffre d'affaires malgré un coût de livraison donné » relève Jean-Christophe Rossi, directeur général de Rossi Boissons. Pour ce faire, le grossiste-distributeur a souhaité déployer une interface conversationnelle IA dans ses canaux de distribution digitaux.
La relation client est complexe dans ce secteur. En effet, pour commencer, le nombre de références est élevé : 6000 produits en hygiène et arts de la table, 2000 dans la boisson. Deuxième difficulté : de nombreux articles font l’objet d’une consigne. Jean-Christophe Rossi explique ainsi : « notre métier consiste à livrer des fûts ou des caisses consignés, les récupérer vides et les restituer à l’industriel ». Enfin, dernière difficulté spécifique, chaque client a sa propre grille tarifaire négociée. Par exemple, une pizzeria va avoir des tarifs plus favorables dans les vins italiens que dans les bières mais ce sera l’inverse pour un pub à bières. Le travail des dix commerciaux et des deux télévendeurs est donc lui-même complexe. Ces commerciaux prenaient classiquement les commandes en présentiel lors des visites commerciales.
Un SI unifié mais Legacy
Rossi Boissons, comme une majorité d’entreprises de son secteur, le CHR, utilise un ERP vertical fourni par l’éditeur français Orisha. Celui-ci assure les fonctions classiques d’un ERP, notamment ce qui relève de la comptabilité ou de la gestion administrative des ventes. Si cet outil est parfaitement adapté à ses tâches traditionnelles, les couvertures des nouveaux besoins ne peuvent pas y être ajoutés. Il faut donc réussir à y connecter des outils externes. Le besoin d’associer un outil conversationnel IA a ainsi dû être développé dans une solution tierce.
En 2024, le fondateur de la start-up Atidgo possédait des bars dans le sud de la France qui étaient clients de Rossi Boissons. Il a réalisé un prototype d’interface conversationnelle IA utilisant WhatsApp et ChatGPT. L’éditeur Orisha a tout de suite vu la valeur ajoutée d’un tel produit et a accepté un interfaçage avec l’outil. Le premier client d’Atidgo a été Rossi Boissons. L’éditeur Orisha a ensuite conclu un partenariat avec Atidgo pour distribuer la solution à d’autres clients.

Utiliser WhatsApp pour développer les commandes
Dans le CRM d’Orisha, on peut y indiquer le téléphone de chaque client. Ce numéro permet de le contacter via WhatsApp et ainsi de connecter Atidgo à un tel compte. Le projet de Rossi Boissons s’appuie sur deux chatbots intégrés à l’interface de WhatsApp, sans, du moins pour l’instant, d’app spécifique. Le premier est nommé Clara et est destiné aux clients qui peuvent interroger le catalogue et commander en langage naturel. La commande ainsi réalisée est analysée par Atidgo et transcrite dans l’ERP. Pour le suivi des des clients et des commandes, un deuxième chatbot est cette fois dédié à la force commerciale, Hugo.
« Un commercial ne peut pas, au cours d’une visite commerciale, présenter les 6000 articles d’hygiène et des arts de la table ou bien les 2000 boissons » concède Jean-Christophe Rossi. Atidgo identifie le client à partir de son numéro de téléphone et tient compte de ses habitudes. Jean-Christophe Rossi prend un exemple : « si un client note ‘6 cartons de vodka’ dans WhatsApp, Atidgo va, à partir des habitudes de ce client, définir, par exemple, qu’il s’agit en fait de six cartons de bouteilles de 70cl de vodka Absolut. » Les considérations contractuelles ou techniques empêchent que l’IA ne pousse réellement tel ou tel article mais un algorithme met en avant des produits favoris ou recommandés (par exemple des nouveaux produits ou des produits en promotion) dans une bannière. Le panier de commande est intégré à WhatsApp.
Des évolutions envisagées
Pour l’instant, Atidgo permet de gérer des commandes types. Si, chaque semaine, un restaurant commande les mêmes articles, il pourra reproduire cette commande en une demande simple en langage naturel. Cependant, une évolution de ces commandes reste possible. « Nous réfléchissons à une fonctionnalité qui proposerait d’adapter la commande en fonction de la météo, par exemple de commander plus de bière si le temps est chaud » indique Jean-Christophe Rossi. A ce stade, cependant, les résultats sont déjà très encourageants. Si 60 % des clients ont effectivement digitalisé leurs commandes, le panier moyen a progressé avec Atidgo de 15 % tout en évitant les ressaisies (avec les risques d’erreurs afférents). Les commerciaux peuvent de ce fait davantage se focaliser sur le conseil et le développement commercial.
Le coût de l’outil se décompose, assez classiquement, en un coût fixe initial lié à l’intégration au SI du distributeur (de l’ordre de 5000 à 20 000 euros) et un coût récurrent de l’ordre de 650 euros par mois, par module hors options et par dépôt du grossiste. Atidgo a été développé avec le framework Symfony et plusieurs IA : Google Gemini pour le calcul, ChatGPT pour le dialogue, Mistral pour la gestion des colisages… A terme, Atidgo souhaite internaliser une instance Mistral pour l’ensemble des besoins.







