IT
Logiciel
le 15 octobre 2026
par Bertrand Lemaire

Convention USF 2026 : oui à l’IA et au cloud mais pas n’importe comment ou à n’importe quel prix

L’USF organise sa Convention annuelle les 14 et 15 octobre 2026 à Strasbourg. La deuxième journée a permis de faire un point de situation tourné vers l’avenir sur la relation entre l’éditeur SAP et ses clients.
Olivier Nollent, PDG de SAP France, a répondu aux inquiétudes et attentes des clients SAP.
© Républik / B.L.
Olivier Nollent, PDG de SAP France, a répondu aux inquiétudes et attentes des clients SAP.

« Jusqu’où sommes-nous prêts à dépendre des autres ? » a questionné Gianmaria Perancin, président de l’USF, en ouvrant la deuxième journée de la Convention annuelle de l’association des Utilisateurs de SAP Francophones. Comme expliqué hier, l’édition 2026, la vingt-sixième, se déroule au Palais des Congrès de Strasbourg les 14 et 15 octobre 2026 sur le thème « La souveraineté européenne : un défi pour garantir la confiance dans nos applications ».

L’intervention d’ouverture de la deuxième journée a été assurée par Gianmaria Perancin qui est revenu sur le thème de la Convention en s’appuyant sur le passé et en se projetant dans l’avenir. Il a illustré son propos au travers de plusieurs dates clés. 1950, c’est la première coopération européenne avec la CECA et celle-ci doit demeurer un modèle. En 1972, la création de SAP répond au refus d’IBM de créer des progiciels de gestion. 1989 est l’année de la chute du mur de Berlin et aussi celle de la création de l’USF. Les utilisateurs, comme l’a rappelé Gianmaria Perancin, ont besoin d’un espace indépendant de l’éditeur pour échanger entre pairs comme parler d’une voix commune avec leur fournisseur.

La souveraineté, c’est la maîtrise des dépendances

En 1993 est né le marché unique européen avec le libre circulation des biens et des personnes. Aujourd’hui, l’heure est ) la libre circulation des données. Où sont-elles hébergées sous quelles juridictions ? Qui maîtrise l’infrastructure où elles circulent ? La souveraineté n’est pas tout faire soi-même ou se fermer à l’innovation. Il s’agit de garder une capacité de choix en mesurant ses risques et ses dépendances, une capacité à changer de fournisseur. Enfin, en 2007, le SUGEN (SAP User Groups Executives Network) est né pour coordonner les actions et les réflexions des différents clubs d’utilisateurs dans le monde.

Comme l’a souligné Gianmaria Perancin, les annonces du soutien de SAP au cloud souverain satisfont les utilisateurs. Et l’existence même d’un champion européen du progiciel les rassure. Mais les entreprises ne veulent pas choisir entre maîtrise et IA, maîtrise et cloud, maîtrise et innovation, etc. Elles veulent les deux à chaque fois. De même, l’IA ne doit pas être rejetée ou divinisée. Gianmaria Perancin a martelé : « la question est quelle valeur peut être créée avec quel risque ? »

Heureux comme un client de SAP

Bernard Cottinaud, a ensuite présenté les principaux résultats de la septième enquête bisannuelle de satisfaction des utilisateurs vis-à-vis de SAP. Réalisée en mai 2026 par le cabinet Verian (ex-SOFRES) qui garantit le sérieux de l’enquête et l’anonymat des répondants, l’enquête compile les retours de 276 répondants issus de 154 organisations clientes, les résultats étant pondérés pour que chaque entreprise ait le même poids. La relation commerciale avec SAP s’améliore mais les utilisateurs se plaignent d’un manque de transparence et de clarté sur les tarifs, notamment cloud. Les produits et les services demeurent très satisfaisants malgré des réserves sur l’agilité, la rapidité et les économies réalisées par un déploiement.

Grosse inquiétude de l’USF, 40 % des clients SAP n’ont encore rien fait pour basculer en S/4, ce qui pose problème pour être à l’heure de la migration obligatoire avec des ressources en compétences limitées. L’ERP Cloud est massivement adopté même s’il demeure des freins sur les coûts et la captivité. Le Sovereign Cloud bénéficie d’une vraie attente mais l’offre est récente et est donc encore peu adoptée. L’audit reste un sujet toujours délicat. Les outils de mesure de la consommation pour l’offre cloud sont mal maîtrisés par les clients et SAP s’est engagé à réaliser des actions d’explications dont un atelier au sein de l’USF. Alors qu’ECC 6 ne connaît plus d’évolution, le coût de sa maintenance demeure. Il en résulte que la perception de la maintenance et du support est en baisse. Enfin, la stratégie IA de SAP bénéficie d’une bonne perception des apports de la technologie, mais l’adoption est lente et le modèle économique questionné.

Confiance et dialogue entre l’USF et SAP

Comme chaque année, le PDG de SAP France a pris la parole en cette deuxième journée. Pour la cinquième fois, il s’agissait d’Olivier Nollent. Il a remercié l’USF pour le « cadeau » de l’enquête. Il a insisté sur une relation entre SAP et l’USF autour de l’écoute, de la confiance et de la co-construction. Les clients réclament plus de transparence, de garanties. « Le message est entendu » a affirmé le PDG de SAP France. Il a voulu partager des convictions sans grande originalité. D’abord que sans données fiables et sans processus solides, il n’y a pas d’IA créatrice de valeur. L’ERP Cloud est une révolution acquise : celle-ci a permis de préparer le passage à l’échelle de l’IA.

SAP a récemment communiqué sa vision : l’autonomous enterprise. L’idée est de déployer des agents qui exécutent dans un cadre fixé par une gouvernance humaine. L’offre de SAP en la matière se développe considérablement et rapidement. La condition du succès est aussi la confiance dans les systèmes et les données. Les offres souveraines et les importants investissements consentis (la région cloud SAP France sera disponible en 2027 en plus des partenariats avec Bleu et S3NS) sont là pour répondre aux exigences des clients.

Explorer l’avenir

Véronique Hangard, chief business officer de SAP France, a pris la suite d’Olivier Nollent pour rentrer dans les détails des nouvelles offres et des annonces de l’éditeur avec Benjamin Golder, business AI expert de SAP France, et Christian Charvin, directeur avant-vente. Ces derniers ont insisté sur la grande valeur de Joule, l’IA de SAP : l’intégration native du contexte issu des données de tout l’ERP. Une démonstration live de l’outil réalisée avec humour s’est révélée riche et convaincante. Enfin, Diana Kaziakhmedova, group VP IT de l’industriel de l’aluminium Constellium, et Alexis Dolci, directeur business solution & architecture de la coopérative pharmaceutique Giphar, ont été interrogés sur scène par Véronique Hangard sur leurs projets SAP.

Pour terminer la deuxième matinée, la tradition d’une intervention d’ouverture intellectuelle a été respectée. Cette deuxième matinée s’est en effet terminée par l’intervention de Christian Clot, explorateur et chercheur, Président de l’Human Adaptation Insitute. Sa spécialité est la transformation adaptative. Depuis trente ans, il a travaillé auprès d’une soixantaine de populations subissant des changements environnementaux. Il a également accompagné des expéditions pour amener des humains dans des environnements très variés, des déserts glacés aux déserts les plus chauds. A plus de 50°C, dans les déserts, ou dans une tempête à -60°C avec des vents de 200 km/h et 150 dB, aucun système informatique ne fonctionne… et, pour survivre, il faut savoir s’adapter.