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le 7 janvier 2026
par Stéphanie Gallo Triouleyre

Comment Point.P décarbone sa logistique en Île-de-France grâce au transport fluvial

Depuis cinq ans, l’enseigne de distribution de matériaux de construction Point.P avance à grands pas dans la décarbonation de sa logistique en Île-de-France grâce au déploiement d’un dispositif logistique fluvial de plus en plus étoffé.

Entre POINT.P et le transport fluvial en Ile-de-France, l’histoire ne date pas d’hier.  Depuis plus d’une quinzaine d’années, l’enseigne de distribution de matériaux de construction dispose de deux péniches armées par des mariniers partenaires. L’une part de son usine de blocs bétons de Bonneuil-sur-Marne pour approvisionner ses centres de livraison inter clients et ses agences commerciales. L’autre péniche fait le trajet inverse depuis Bernières-sur-Seine pour aller récupérer des matériaux de fournisseurs, Lafarge notamment. Elles peuvent déposer des marchandises, dans les deux sens, à différents points de déchargement.

Nous allons continuer à progresser en investissant dans l’immobilier en proximité immédiate des voies d’eau : soit en logistique pure, soit en mixe logistique et commercial

Accélération des livraisons par le fleuve

Depuis cinq ans, POINT.P a considérablement avancé sur le sujet. L’enseigne dispose aujourd’hui de 14 points connectés au fleuve. « Depuis 2020, nous avançons beaucoup plus rapidement avec un nouveau site par an. Le transport fluvial est aujourd’hui une priorité pour l’Ile-de-France. Notre dispositif nous permet d’aller sur la Seine, la Marne et sur les canaux. Nous allons continuer à progresser en investissant dans l’immobilier en proximité immédiate des voies d’eau : soit en logistique pure, soit en mixe logistique et commercial », explique Nicolas Rome, responsable parcours et développement immobilier en Ile-de-France.

Parmi les dernières avancées en la matière : l’agence commerciale de Point du Jour à Paris 16e, créée en 2020 en bord d’eau, avec 4 100 tonnes de fluvial par an, l’agence de Gennevilliers Débarcadère en 2024 sur le port de Gennevilliers (16 300 m²) pour un volume de 5 000 tonnes de fluvial par an ou encore l’agence d’Asnières-sur-Seine qui devrait être rénovée d’ici décembre 2026 (5 000 tonnes/an).

Une plateforme fluviale à Saint-Denis Pleyel le temps des JO

A noter aussi, la plateforme de distribution éphémère, en 2024, pour le Village Olympique à Saint-Denis Pleyel. « Ce projet était très intéressant, nous étions vraiment dans la logistique du dernier kilomètre, le quai était à 800 mètres des chantiers, un camion partait toutes les 30 minutes. Ce projet avait été géré comme une agence éphémère, une annexe de notre agence de Saint-Denis située à quelques kilomètres », raconte Olivier Arnault directeur aménagement et logistique de Saint Gobain (dont POINT.P est une enseigne de distribution). « Nous avons beaucoup appris de ce projet que nous pouvons dupliquer désormais pour des demandes spécifiques ». POINT.P vient par ailleurs de finaliser un important chantier avec Haropa Port pour la construction d’une plateforme logistique sur le port de Bonneuil-sur-Marne. Il s’agit d’un CLIC, un centre de livraison interclients. Trafic envisagé : 5 000 tonnes de fluvial par an.

Bilan de cette trajectoire d’accélération : en 2022, 70 000 tonnes de marchandises POINT.P transitaient par le fluvial en Ile-de-France. En 2025, le volume a grimpé à 95 000 tonnes. Et il devrait faire encore doublé d’ici 2028 grâce notamment à un nouveau projet en cours d’élaboration (mais encore confidentiel).

Les artisans et les entreprises du bâtiment préfèrent aujourd’hui être directement livrés sur les chantiers 

Construction d’un nouveau schéma logistique

Cette montée en puissance du fluvial s’inscrit dans une stratégie globale de refonte du schéma logistique de POINT.P en Île-de-France. Une refonte rendue nécessaire non seulement par les nouvelles exigences en matière de décarbonation mais aussi par les nouvelles demandes du marché : il y a 15 ans, la part des marchandises livrées représentait 15 % de l’activité de Point.P Île-de-France, contre 30 % aujourd’hui. En 2050, l’enseigne imagine que ce seront 60 % de ses marchandises qui devront être livrées. « En raison des contraintes des chantiers intra-muros, des embouteillages, de la conversion des véhicules vers l’électrique avec moins de capacité d’emport et de la pénurie de personnel, les artisans et les entreprises du bâtiment préfèrent aujourd’hui être directement livrés sur les chantiers », explique Nicolas Rome. 

Dans ce contexte, il est essentiel pour l’entreprise de rationnaliser, optimiser ses flux de livraison, tout en travaillant leur décarbonation globale. L’enseigne a ainsi créé, l’année dernière, une société de transports chargée de délivrer des solutions de logistique. « Cela nous permet de garder la main sur notre bilan carbone, avec des véhicules fonctionnant au biocarburant et même de la cyclo logistique que nous commençons à évaluer », précise le responsable transport et logistique Île-de-France.

Le transport fluvial est souvent associé au vrac mais nous avons apporté d’autres produits, sur palettes, ne nécessitant pas d’équipements de chargement/déchargement spécialisés

 Dans cette logique, POINT.P a négocié avec la mairie de Paris pour disposer de points dédiés de dépose de marchandises le long de la Seine afin de livrer, par péniche, au plus près des chantiers. « Le transport fluvial est souvent associé au vrac mais nous avons apporté d’autres produits, sur palettes, ne nécessitant pas d’équipements de chargement/déchargement spécialisés. Nos péniches sont autonomes », signale Olivier Arnault, directeur logistique chantier Saint Gobain.

Ces solutions de dépose de matériaux ont ainsi été utilisées par exemple pour le chantier de la station RER Saint-Michel ou pour celui de la Tour d’Argent. Pour être en capacité de monter en charge sur ces livraisons fluviales, Point.P devrait s’appuyer à l’avenir sur de nouveaux prestataires qui opéreront pour son compte, en transport partagé notamment afin de parvenir à des couts de transports optimisés.

Cette transformation du schéma logistique s’accompagne de la professionnalisation en interne et d’une montée en compétences. Un poste de direction logistique a été créé il y a un an et demi, casquette endossée depuis un mois par Charlotte Bussière.