Supply
Route et fer
le 7 janvier 2026
par Jérôme Glaenzlin

Grand Est : le fret ferroviaire au service de la décarbonation des flux industriels

Thibaud Philipps, vice-président de la Région Grand Est en charge des transports et des mobilités durables détaille son programme pour réduire la dépendance à la route tout en sécurisant et en optimisant les chaînes d’approvisionnement industrielles sur le territoire, grâce à un soutien renforcé de l’État et de la Région Grand Est.

Face aux enjeux de décarbonation, le fret ferroviaire change de statut dans le Grand Est. Région au cœur des grands flux de marchandises, elle voit les pouvoirs publics miser sur le rail de fret comme levier opérationnel. Objectif : aider les industriels à verdir leurs chaînes logistiques, limiter le recours au transport routier et fiabiliser leurs approvisionnements. Pour Thibaud Philipps, vice-président de la Région Grand Est en charge des transports et des mobilités durables, cette orientation s’inscrit dans une réalité structurelle : « Nous avons toujours eu la conviction que nous étions une grande région de transport de marchandises avec le ferroviaire. Aujourd’hui, près d’un quart des volumes nationaux transitent par le Grand Est ». Au-delà du constat, l’élu revendique un changement d’approche politique sur le sujet : « Aujourd’hui, pour nous, le fret se met au même niveau que le voyageur. Il faut développer les deux en parallèle, parce que nous n’avons toujours rien inventé de mieux que le train pour pouvoir décarboner », affirme-t-il.

Beaucoup d’entreprises nous ont dit qu’elles passaient par la route parce qu’elles n’avaient tout simplement pas d’alternative ferroviaire

Un positionnement qui fait écho aux attentes exprimées par les acteurs économiques. Au fil des échanges menés avec les industriels, Thibaud Philipps observe une évolution nette des discours : « Plus nous allons voir les entreprises, plus nous nous rendons compte que le fret leur apparaît comme un élément stratégique dans leur décarbonation ». Il ajoute : « Beaucoup d’entreprises nous ont dit qu’elles passaient par la route parce qu’elles n’avaient tout simplement pas d’alternative ferroviaire ».

Pour la Région, l’enjeu n’est pas uniquement environnemental. Il s’agit aussi de  sécuriser des chaînes logistiques industrielles soumises à des tensions croissantes. Hausse des coûts de transport, contraintes réglementaires accrues : les industriels évoluent dans un environnement de plus en plus contraint.

Faciliter l’accès des industriels au fret ferroviaire

Pour répondre à cette situation, la Région s’appuie notamment sur CAPFRET, un dispositif coporté avec l’État. Celui-ci vise à accompagner la remise en service et la modernisation de lignes ferroviaires dédiées au fret. Il soutient également les raccordements nécessaires pour connecter les sites industriels au réseau ferroviaire national. Et Thibaud Philipps d’expliquer : « CAPFRET permet de remettre en service ou de pérenniser des capillaires fret afin de reconnecter les entreprises au réseau ».

Les ITE, c’est souvent le point d’entrée qui dysfonctionne pour accéder au réseau. Nous parlons beaucoup de rail, mais nous oublions parfois le point de raccordement chez le chargeur

La Région renforce également son soutien aux installations terminales embranchées, souvent identifiées comme le principal point de blocage opérationnel. « Les ITE, c’est souvent le point d’entrée qui dysfonctionne pour accéder au réseau. Nous parlons beaucoup de rail, mais nous oublions parfois le point de raccordement chez le chargeur », souligne l’élu.

Un dispositif pragmatique, pensé pour débloquer les projets

L’approche retenue se veut volontairement opérationnelle. Les projets sont étudiés au cas par cas, en lien avec l’État et les partenaires territoriaux, avec des aides pouvant couvrir jusqu’à 50 % des coûts éligibles afin d’éviter le blocage de projets structurants. « Pourquoi bloquer un projet pour 100 000 ou 200 000 euros manquants, alors que nous pouvons le pérenniser sur dix ou quinze ans ? », interroge Thibaud Philipps.

Si l’impact carbone global reste difficile à chiffrer à ce stade, la Région assume une montée en puissance progressive du dispositif. Et l’élu de reconnaître : « Nous sommes plutôt en train de relancer la machine ». Les filières agroalimentaire, bois et sucrière figurent parmi les premières concernées, avec des projets répartis entre la Champagne-Ardenne, la Lorraine et l’Alsace.

L’enjeu, désormais, sera de transformer cette dynamique en arbitrages logistiques concrets pour les industriels du Grand Est.