Industrie
le 4 mars 2026
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Pepsico : « La France présente des avantages incontestables en termes de réseaux de transport routier et d'intermodalité »

Laurent Kamiel, directeur de la transformation supply chain Europe de l’Ouest explique comment le nouveau schéma logistique que la marque de boissons et de snacks a pensé la redéfinition de son schéma logistique européen et le rôle que les atouts propres à l’Hexagone ont joué. Il sera grand témoin de l’atelier-débat « #Réseau : la France est-elle incontournable sur la carte de la logistique européenne ? » lors des Supply Days des 10 et 11 mars à Deauville.
Laurent Kamiel, directeur de la transformation supply chain Europe de l'Ouest.

Pouvez-vous nous décrire les différentes étapes de la refonte du schéma logistique européen de Pepsico ?

Nous avons terminé la partie Food de la refonte de notre schéma logistique européen et nous aurons redéployé aussi une bonne partie de notre réseau boisson fin 2027. La France n’ayant pas d’usine de snacks en propre, nous subissions les surcoûts, les aléas de production et les contraintes des différentes usines européennes. Nous devions donc trouver une organisation pérenne et résiliente. Pour cela, nous avons dédoublé une bonne partie de nos productions sur nos trois principales gammes de snacks entre une usine en Espagne et une usine en Belgique. Jusque-là, nous n’étions servis que par la Belgique avec des débords en Espagne et des flux manquants de rationalité.

Nous avons pérennisé 90 % de notre production en Espagne et, comme leur entrepôt est adossé à l'usine, nous en avons profité pour livrer les clients du Sud de la France directement depuis ce site. Au Nord de la France, nous avons pérennisé notre entrepôt qui traite les produits venant de notre usine belge et consolide d’autres usines basées en Angleterre ou aux Pays-Bas.

Avec cette organisation en miroir, nous avons créé de la résilience puisque nous avons désormais une zone grise entre le nord et le sud de la France que nous pouvons faire varier

Nous avons donc baissé les quantités de produits stockés en France, nous avons mis en place plus de flux livrés en direct depuis les usines. Avec cette organisation en miroir, nous avons créé de la résilience puisque nous avons désormais une zone grise entre le nord et le sud de la France que nous pouvons faire varier en fonction de la saisonnalité de notre activité, ou des contraintes des usines tels que des phases de maintenances.

Cela nous a également permis de réduire énormément le nombre de kilomètres parcourus et donc notre empreinte carbone, d’autant plus que nous utilisons du transport ferroviaire pour nos rares produits qui remontent encore d’Espagne vers le nord de la France.

Avez-vous eu par le passé des sites de production en France ?

Nous travaillons aujourd'hui avec des partenaires industriels embouteilleurs basés en France. Nous nous efforçons de consolider nos volumes chez un plus petit nombre de partenaires en nous appuyant notamment sur ceux qui seraient susceptibles d’expédier nos produits chez nos clients directement depuis l’usine pour limiter les transferts internes à la France. Dans une prochaine étape, nous allons privilégier une part d’internalisation de volume dans les usines Pepsico, notamment en Espagne et en Allemagne. A la clé, nous pouvons exploiter des leviers de productivité et d'amortissement de coûts fixes pour réduire nos coûts de production.

La qualité des entrepôts et des équipes de notre partenaire historique, ID Logistics, dans le nord de la France, a été un critère indéniable

Dans quelle mesure l’attractivité de la France est-elle entrée en ligne de compte dans la définition de ce schéma logistique ?

La qualité des entrepôts et des équipes de notre partenaire historique, ID Logistics, dans le nord de la France, a été un critère indéniable, de même que le fait que 60 % de nos clients sont situés dans la partie nord de la France. La France présente en outre des avantages incontestables en termes de réseaux de transport routier et d'intermodalité ; 20 % de nos transports amont et aval se font en train et nous sommes le seul pays en Europe à être capable de le faire. Le réseau français est finalement assez développé et facile d'utilisation. Nous étions à moins de 15 % il y a deux ans. Avec notre nouvel entrepôt de Dourges, nous allons supprimer le pré et post acheminement sur nos chargements, en basculant en navette électrique entre le déchargement du train et l'entrepôt sur une même zone logistique.

Quelle est votre perception de la compétitivité des acteurs de la logistique en France ?

Nous disposons à la fois de bons fournisseurs d'automatisation et de transporteurs qui commencent à investir dans des solutions décarbonées et nous proposent d’eux-mêmes des solutions et à des tarifs acceptables. Notre plateforme de Dourges est ainsi la plus grande centrale solaire sur entrepôt d’Europe, avec 128 000 m2 de panneaux solaires. Cela va nous permettre d’alimenter des bornes de rechargement pour nos cinq camions qui feront des navettes entre l’usine et l’entrepôt.

Comment le contexte local a-t-il joué dans votre projet immobilier : coût du foncier, réglementation, accueil des pouvoirs publics… ?

Le contexte local a été un facilitant. La zone de Dourges est gérée par une société d'économie mixte, Delta 3, sous l'égide de la région. Les élus se sont donc investis pour développer cette zone multimodale et y installer des entrepôts. Quand les décideurs politiques sont convaincus et que l'administration se met en mouvement, le pouvoir de réalisation et d'entraînement est très fort.

L’attractivité de la France en termes de supply chain ne décline donc pas en France ?

Il existe un vrai savoir-faire en France et ce sont activités que l’on ne peut pas externaliser. Tout cela est toutefois très dépendant de l’avenir industriel, dans la mesure où l’on a intérêt à organiser un maximum de livraisons directes depuis les usines vers nos clients.