D’après une enquête réalisée par Manhattan Associates en collaboration avec le cabinet Vanson Bourne auprès de 1 450 décideurs la gestion du transport s’impose progressivement comme un pilier stratégique pour les entreprises. À l’heure actuelle, près de sept retailers sur dix (69 %) estiment que cette fonction est déterminante pour leur performance, un chiffre qui devrait grimper à 75 % d’ici cinq ans. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de forte montée en puissance de l’omnicanalité, de pressions accrues sur les coûts et d’exigences renforcées en matière de développement durable. Dans ce cadre, la maîtrise des flux logistiques devient un facteur clé de compétitivité. Pourtant, nombre d’enseignes s’appuient encore sur des outils et des organisations qui peinent à s’adapter à la mutation rapide du secteur.
Des systèmes de transport arrivés à leurs limites
La gestion opérationnelle du transport repose le plus souvent sur un TMS (Transport Management System), destiné à orchestrer la planification des expéditions, la sélection des transporteurs, le suivi des livraisons et le contrôle des coûts. Cependant, ces solutions montrent aujourd’hui leurs limites. Dans le retail, 90 % des entreprises craignent que leur TMS actuel ne soit plus en mesure de répondre aux exigences futures, qu’il s’agisse de délais de livraison raccourcis, de gestion des capacités ou de maîtrise budgétaire.
Plusieurs facteurs expliquent ces inquiétudes : le durcissement des réglementations environnementales (44 %), l’augmentation des coûts liés au carburant et à la pénurie de conducteurs (37 %), ainsi que les contraintes techniques des systèmes existants (33 %). Autant de défis qui incitent les distributeurs à repenser en profondeur leur approche du pilotage du transport.
Une intégration insuffisante, frein à la visibilité
Au-delà des performances technologiques, l’étude met en évidence un déficit d’interconnexion entre les outils. Plus d’une entreprise de retail sur deux (55 %) indique que son TMS n’est pas totalement intégré aux autres solutions de gestion de la supply chain, telles que les systèmes de gestion d’entrepôt ou de commandes.
Cette fragmentation limite la visibilité globale sur les flux et complexifie la prise de décision en temps réel. Ainsi, 55 % des répondants reconnaissent éprouver des difficultés à rediriger leurs expéditions de manière proactive en cas d’aléas, tandis que 50 % peinent à anticiper et corriger les incidents avant qu’ils n’affectent les livraisons. À l’inverse, les bénéfices d’une meilleure visibilité sont bien identifiés : 67 % des entreprises estiment qu’elles contribueraient à renforcer la satisfaction client grâce à des informations de livraison plus fiables, et 57 % anticipent une baisse des coûts de transport grâce à une optimisation accrue et une meilleure gestion des imprévus.
Prévision et planification : des marges de progression importantes
L’anticipation des flux logistiques constitue un autre enjeu majeur. Si 63 % des entreprises ont déjà relié leur TMS aux processus S&OP et que 59 % exploitent des outils d’analytique prédictive ou d’intelligence artificielle, certaines fonctionnalités restent encore peu répandues. Seules 45 % des entreprises utilisent la détection de la demande en temps réel, et à peine 37 % ont automatisé les réservations de transport ou les appels d’offres.
Ces lacunes ont un impact financier direct : 51 % des retailers déclarent consacrer plus de 10 % de leur budget transport à pallier des erreurs de prévision ou des perturbations non anticipées. Une part significative des dépenses logistiques sert ainsi à corriger des inefficacités évitables grâce à une planification plus fine. Malgré tout, l’optimisme demeure : 71 % des répondants se disent confiants dans la capacité des solutions de planification avancées à générer au moins 5 % d’économies sur les coûts de transport à horizon cinq ans.
Intelligence artificielle : entre usages existants et potentiel à exploiter
L’intelligence artificielle s’impose comme un levier clé de transformation du transport. Aujourd’hui, 94 % des entreprises du retail déclarent déjà recourir à l’IA ou au machine learning pour certaines opérations, notamment en soutien de la planification ou de l’analyse des données. Toutefois, seule une minorité (26 %) affirme avoir intégré ces technologies de manière réellement approfondie dans ses systèmes.
Les perspectives sont néanmoins ambitieuses : plus de la moitié des entreprises (52 %) anticipent l’émergence, dans les cinq prochaines années, de systèmes logistiques largement autonomes, capables de prendre certaines décisions avec une supervision humaine limitée. L’adoption de l’IA reste cependant semée d’embûches : la quasi-totalité des répondants (99,6 %) cite des freins actuels ou à venir, qu’il s’agisse du manque de compétences spécialisées (50 %), des difficultés d’intégration technique (49 %) ou des investissements nécessaires (46 %).
La durabilité s’impose comme un enjeu stratégique
La transformation du transport est également accélérée par les impératifs environnementaux. Selon l’étude, 70 % des entreprises du retail considèrent désormais la durabilité comme un enjeu stratégique majeur. Dans les faits, les démarches restent disparates : 55 % disposent d’un reporting aligné avec la directive européenne CSRD, tandis que seulement 39 % utilisent ou envisagent des carburants à faible impact carbone. La même proportion intègre des critères environnementaux dans la planification opérationnelle, et seuls 34 % les prennent en compte dans leurs décisions d’achat.
Entre contraintes réglementaires, attentes croissantes des consommateurs et pression sur la réduction des émissions de CO₂, le transport devient ainsi un levier clé pour concilier performance économique et responsabilité environnementale.
Le transport, un vecteur clé de performance pour le retail
L’enquête souligne l’évolution profonde du transport dans les organisations du retail. Longtemps perçu comme une fonction essentiellement opérationnelle, il s’affirme désormais comme un facteur déterminant de performance globale. Dans un environnement logistique toujours plus complexe, les enseignes doivent moderniser leurs outils, renforcer l’intégration des données et développer leurs capacités d’anticipation. La maîtrise de bout en bout des flux, l’exploitation intelligente de l’IA et l’intégration des enjeux de durabilité seront des éléments décisifs pour bâtir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes, agiles et efficaces