IT
Cloud
le 22 mai 2026
par Bertrand Lemaire

Consortium Aion : un projet pour l’IA de 10 Md€ pour doubler la capacité des datacenters en France

Iliad/Scaleway, Bull, Orange et de multiples partenaires ont fondé le consortium Aion, une candidature française à une Gigafactory européenne.
Les dirigeants des principaux membres ont présenté le consortium Aion le 20 mai 2026 à Paris.
© Républik / B.L.
Les dirigeants des principaux membres ont présenté le consortium Aion le 20 mai 2026 à Paris.

Après un premier appel à manifestation d’intérêt, un appel d’offres formel est attendu de la part de la Commission Européenne. L’Union Européenne veut doter plusieurs pays membres de gigafactories dédiées à l’IA. L’appel d’offres ne devrait pas aboutir à des subventions mais à de la commande publique pour amorcer la rentabilité des investissements menés par des consortiums privés. En France, le consortium Aion vient d’annoncer sa constitution pour candidater à la création d’une gigafactory IA en France.

Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, EDF, le groupe Iliad (en tant que tel), Orange et Scaleway (Groupe Iliad) ont présenté le consortium lors d’une conférence de presse le 20 mai 2026 à Paris. Le consortium réunit le seul constructeur HPC en Europe, Bull (qui n’a pas caché être présent dans d’autres consortiums), des financiers (comme Ardian), des gestionnaires de datacenters (comme Scaleway), des ESN (comme Capgemini)… EDF s’implique pour garantir l’alimentation électrique. Des utilisateurs sont également membres. Les partenaires cités comprennent ainsi le Crédit Agricole, Equans, Future4Care, GENCI, Hugging Face, INRIA, Kyutai, LightOn, Multiverse Computing, Nokia, Opcore, Quandela, PariSanté Campus, Schneider Electric, SiPearl, Sopra Steria, Verne, VSORA et ZML. Des discussions seraient encore en cours avec d’autres partenaires potentiels tels que Mistral.ai. Si la gigafactory devrait reposer en premier lieu sur des puces Nvidia, la présence de Quandela montre la volonté d’Aion de basculer vers l’informatique quantique.

Un investissement colossal

L’investissement du consortium devrait atteindre, sous réserve de gagner l’appel d’offres européen, les 10 milliards d’euros dont 4 issus du groupe Iliad. Aion est, pour l’heure, le seul candidat français pour équiper la France et il semblerait étrange, vue la richesse de l’écosystème français, qu’aucun projet ne soit retenu dans notre pays. Cela dit, il semble évident aux membres du consortium qu’il n’y aura pas une gigafactory dans chacun des 27 pays européens.

Pour Benoît Gaillochet, Head of Infrastructure Europe d’Ardian, « il s’agit de ne pas répéter les erreurs du Cloud ». Il a rappelé que, contrairement à une vision biaisée en Europe, la commande publique structure de nombreux marchés aux Etats-Unis (de l’informatique au spatial) et l’Europe ne doit pas avoir de scrupules à ce niveau. Le souhait du consortium est de garantir la couverture de 30 % de la puissance installée par de la commande publique. « Nous voulons de la commande publique pour déclencher des usages, pas des subventions » a martelé Thomas Reynaud, DG du groupe Iliad. Chaque acteur du consortium agit dans sa spécialité et il existe des concurrences plus ou moins frontales entre certains sans que cela soit considéré comme gênant par Aion.

Un doublement de la puissance des datacenters français

Même si la phase un du projet devrait miser sur une puissance installée d’une centaine de megawatts (MW), sur plusieurs sites, le concept même de « gigafactory » implique de mettre en place une puissance de l’ordre du gigawatt (GW). Or une telle puissance correspond à peu près à la totalité de la puissance installée actuelle dans des datacenters en France. Il s’agirait donc de doubler la puissance installée en centrant la croissance sur la seule IA. La pluralité des sites est bien sûr une obligation pour garantir la résilience IT autant que la disponibilité électrique. Pour mémoire, la centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine, près du site de Montereau-Fault-Yonne qui pourrait être utilisé par Aion, délivre une puissance totale maximale de 1,3 GW.

« Il n’y a pas de repas gratuit » a rappelé Etienne Grass, Global Chief AI Officer de Capgemini Invent. L’IA agentique peut dépenser jusqu’à sept fois plus d’énergie que les modèles algorithmiques classiques. A terme, le chiffre de 7 % de la totalité de l’énergie produite sur la planète pour couvrir les besoins de l’IA est cité. Selon une étude de la Fédéral Reserve ; les tokens IA coûtent actuellement 2 % de la masse salariale aux Etats-Unis soit 3200 $/an. Etienne Grass, anticipant que le chiffre pourrait atteindre 15 %, en a déduit : « le prix du token sera un enjeu majeur ». Pour couvrir les capacités déployées, Aion n’exclut d’ailleurs pas de vendre de la capacité à des acteurs extra-européens, y compris américains.