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le 4 novembre 2026
par Tanguy Leclerc

Creator Economy : un marché mondial de 217 milliards de dollars en 2026

En croissance de 26,2 % sur un an, l'économie des créateurs confirme son poids dans l'économie mondiale. La France s'impose comme le 7ᵉ marché mondial et le 3ᵉ européen, avec 10,1 milliards de dollars générés en 2026.

© Igor Omilaev

Plus rien ne freine la creator economy. Selon le Creator Economy Report 2026, présenté à l’occasion de la 3 e édition de la Paris Creator Week - organisée les 4 & 5 novembre à la Grande Halle La Vilette -  le secteur pèse désormais 217,3 milliards de dollars dans le monde. 

Publiée par la Paris Creator Week et réalisée par le cabinet Coherent Market Insights (CMI), avec BNP Paribas et Influential, cette nouvelle édition dresse le portrait d’un secteur qui ne se résume plus aux collaborations publicitaires sur les réseaux sociaux. Créateurs, plateformes, agences, entreprises technologiques et investisseurs structurent ensemble une industrie qui représenterait 5,6 millions d’emplois en équivalent temps plein dans le monde.

Une croissance qui s’accélère année après année

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un marché en maturation, le rythme ne faiblit pas. Après +18,2 % en 2021, la croissance grimpe à 26,2 % en 2026, portée par les partenariats avec les marques, la monétisation des contenus et l’apparition de nouveaux modèles économiques. Entre 2021 et 2026, la valeur du marché a été multipliée par 2,8, de 77,1 à 217,3 milliards de dollars, soit une croissance annuelle moyenne de 23 %.

Les projections de CMI vont plus loin : 570,6 milliards de dollars en 2030, puis 1 216 milliards en 2033, soit une croissance annuelle moyenne de 27,9 % sur 2026-2033. Le marché pourrait ainsi être multiplié par cinq d’ici là. Sur le plan géographique, les États-Unis écrasent la concurrence avec 69,8 milliards de dollars, près d’un tiers du total mondial. Ils devancent la Chine (26,1 milliards), le Canada (12,8 milliards), l’Allemagne (12,6 milliards), l’Inde (12,5 milliards) et le Royaume-Uni (12,2 milliards).

Les annonceurs paient, les créateurs encaissent moins de la moitié

Le modèle économique de la creator economy repose encore largement sur les marques. En 2026, les partenariats et le sponsoring représentent 49,8 % de la valeur du marché, devant les revenus publicitaires liés aux contenus de créateurs (22,7 %) et les abonnements payants (13,8 %). Viennent ensuite les commissions d’affiliation (7 %), les produits dérivés (3,7 %) et les pourboires et dons (3 %). Au total, les annonceurs injectent 172,8 milliards de dollars, soit 79,5 % du marché (contre 77,2 % en 2021). Les paiements directs des audiences pèsent 36,4 milliards, et les achats de produits dérivés 8,1 milliards.

Mais cette manne ne retombe pas entièrement dans la poche des créateurs. Loin de là. Sur les 217,3 milliards générés, 42,6 % leur reviennent directement, soit 92,6 milliards de dollars. Le reste se partage entre les plateformes et réseaux sociaux (35,2 %), les fournisseurs d’outils et de solutions technologiques (14,7 %) et les agences et prestataires (7,5 %). Une répartition qui traduit l’émergence d’une véritable chaîne de valeur, où acteurs technologiques et intermédiaires pèsent lourd. La part des créateurs devrait toutefois progresser pour atteindre 45,8 % d’ici 2033 (+3,2 points), tandis que celle des dépenses financées par les annonceurs pourrait monter à 82,5 %.

La France : 10,1 milliards de dollars et un rythme presque double

L’Hexagone accélère nettement. Son marché est estimé à 10,1 milliards de dollars en 2026, contre 8,1 milliards en 2025, soit +23,7 % sur un an. C’est près du double du rythme annuel moyen observé entre 2020 et 2025 (11,8 %). L’Hexagone représente 4,6 % du marché mondial et 24,7 % du marché européen. Il occupe le 7ᵉ rang mondial et le 3ᵉ rang européen, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, et devance le Japon (8,3 milliards de dollars), la Corée du Sud (6,3 milliards) et le Brésil (5,2 milliards). Selon CMI, le marché français devrait presque doubler en trois ans, pour atteindre 19,2 milliards en 2029.

© Vitaly Gariev

6 000 créateurs captent 30% de la valeur du marché français

Du côté des créateurs, le rapport compte 465 000 créateurs actifs en France (ayant plus de 1 000 abonnés et des publications régulières), dont 330 000 en tirent un revenu. Ces revenus ont la particularité d’être très concentrés : ils sont un peu moins de 6 000 (soit 1,8 % des créateurs monétisés) à gagner plus de 100 000 dollars par an et à capter 29,1 % de l’ensemble de la valeur produite par le marché en France. Coherent Market Insights pointe toutefois un retard de monétisation par rapport à d’autres marchés : la valeur par créateur actif est inférieure de 14 % à la moyenne des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Allemagne (21 694 dollars contre 25 365).

Le poids économique du secteur se mesure aussi en emplois : environ 227 000 équivalents temps plein, directs et indirects, pour près de 539 000 activités et postes rémunérés recensés dans l’écosystème. Sa contribution directe à la valeur ajoutée atteint 0,17 % du PIB, contre 0,10 % à l’échelle mondiale. Le secteur génère aussi de l’activité pour les agences, les sociétés de production, les plateformes technologiques et les prestataires de services. Reste une marge de progression en matière de maturité. Selon une enquête Kolsquare/B2B International de 2026, 75,3 % des professionnels français interrogés estiment avoir dépassé un stade très précoce dans leur stratégie d’influence, contre 86,8 % au Royaume-Uni.

Le temps des acquisitions

Autre signal de maturité : le rythme des fusions-acquisitions. Quartermast Advisors a recensé 87 rachats d’entreprises de la Creator Economy en 2025, contre 69 en 2024 (+26,1 %). La dynamique se poursuit en 2026, avec 70 opérations au premier semestre, soit +23 % par rapport à la même période de 2025. L’Amérique du Nord concentre 64,3 % des entreprises acquises, contre 27,1 % pour l’Europe.

Un marché longtemps composé d’acteurs indépendants cède peu à peu la place à des entreprises structurées, pour lesquelles financement, croissance externe et développement international deviennent des enjeux centraux. Agences d’influence, studios de production, plateformes technologiques et sociétés bâties autour de créateurs attirent investisseurs et grands groupes à mesure que leurs modèles se consolident. La France participe au mouvement : le rapport documente 13 opérations impliquant des acteurs français entre 2021 et 2026, dont six sur les huit premiers mois de 2026. Un marché longtemps composé d’acteurs indépendants cède peu à peu la place à des entreprises structurées, pour lesquelles financement, croissance externe et développement international deviennent des enjeux centraux. Pour Claire-Hélène Massot, directrice adjointe du Département Image & Médias de BNP Paribas : « La Creator Economy est devenue une industrie à part entière, portée par des entreprises qui se structurent et attirent de nouveaux investisseurs. L’accélération des opérations de fusion-acquisition témoigne de cette nouvelle phase de maturité. »

Les créateurs, nouveaux gardiens de la réputation des marques

Le rôle des créateurs évolue aussi dans les stratégies de communication. Longtemps sollicités pour gagner en visibilité ou générer des ventes, ils sont de plus en plus intégrés à des dispositifs de long terme, aux objectifs qui dépassent la seule performance publicitaire. Aux États-Unis, 35 % des acheteurs de prestations publicitaires auprès des créateurs placent la réputation et la confiance dans leurs trois principaux objectifs, selon Advertiser Perceptions. La notoriété reste en tête (43 %), devant la réputation et la confiance (35 %) et les ventes en ligne (32 %). La tendance gagne la France, notamment dans la communication corporate et la prise de parole des dirigeants. Le rapport cite l’exemple d’Havas et Format, symbole de nouvelles collaborations entre créateurs, marques et entreprises sur les enjeux de réputation et d’influence. Autrement dit, à mesure que le marché se professionnalise, la relation de confiance qu’un créateur entretient avec sa communauté devient un actif stratégique pour les marques, au-delà de la seule audience.