
89 % jugent la souveraineté de la France importante dans les campagnes électorales de 2027. Ce chiffre est issu d’une enquête menée par l’institut Norstat sur la commande de la revue trimestrielle L’Hémicycle et publiée à l’occasion d’un colloque réalisée à l’INSP (Institut national du service public, ex-ENA) le 14 septembre 2026. « Un taux de l’ordre de neuf français sur dix est très exceptionnel dans les sondages » s’est étonné Raphaël Clave, directeur général France de l’institut Norstat.
Le mot « souveraineté » n’est pas sans induire mille polémiques puisque le terme s’applique normalement aux Etats. Mais la souveraineté industrielle, IT ou autre est désormais un concept qui est compris avec un certain consensus sur sa définition. Cette définition a fait l’objet de plusieurs questions posées par Norstat. 73 % des répondants définissent d’abord la souveraineté comme produire en France dans les domaines essentiels (énergie, santé, alimentation, 35 % en première citation). Préserver notre langue, notre culture et notre modèle social est en deuxième position mais très loin derrière : (44 %, 16 % en première citation). Et, loin de restreindre la souveraineté à la seule politique, 67 % des répondants attendent des entreprises qu’elles fassent progresser la souveraineté.
La souveraineté : importante mais mal partie
Si le consensus général réside donc dans l’importance de défendre la souveraineté, le jugement est sévère sur la réalité du respect de la souveraineté. 89 % jugent donc la souveraineté importante sur onze domaines et 80 % des Français en jugent au moins neuf importants. Mais 64 % jugent la France en retard sur le numérique face à la Chine et aux États-Unis à la fois, 54 % sur les matières premières, 52 % sur l’industrie. 79 % jugent la France en retard sur la Chine en matière de numérique / IA, en tête des onze domaines (53% en moyenne sur tous les domaines). Le retard est moindre vis-à-vis des Etats-Unis : 72 % en matière de numérique / IA (en tête), 46 % au global. A l’inverse, sur la culture (10 %) et sur la santé (13 %), l’opinion d’un retard français est très minoritaire. Certains domaines, dont l’IT, sont particulièrement pointés.
En tout, 98 % jugent la souveraineté sanitaire importante (71 % très importante), 97 % pour l’alimentation et l’agriculture (62 % très importante) ainsi que pour l’énergie (60 % très importante). La souveraineté scientifique et technologique est plus loin avec 90 % (38 % très importante). Le numérique et l’IA est en dernier de la liste avec 80 % (31 % très importante). 64 % juge important que l’hébergement des données se fasse en Europe. Certes, on peut regretter une place aussi basse dans le classement pour le numérique et l’IA mais un score de 80 % de répondants jugeant un sujet important reste très rare. 79 % jugent la France en retard sur la Chine dans ce domaine et 72 % (seulement si on peut dire) la jugent en retard sur les États-Unis.
Comment défendre la souveraineté ?
Pour les Français, comme indiqué ci-dessus, le premier acteur de la souveraineté doit être les entreprises (67%), les citoyens eux-mêmes étant en deuxième position (57%, 25 % les placent en première position) et l’État troisième (56%). Les responsables politiques sont loin derrière (40%). Dans les moyens de défendre la souveraineté numérique, plusieurs principes font l’objet d’une quasi-unanimité. Ainsi, 94 % des répondants jugent que les données des Français devraient être hébergées en France ou en Europe. Bien que l’État soit en troisième position dans la défense de la souveraineté, 93 % estiment que l’État devrait utiliser en priorité des solutions françaises ou européennes.
92 % des répondants estiment que cette dépendance numérique est un risque pour l’indépendance de la France et 89 % que l’IA va encore accroître notre dépendance aux entreprises étrangères. Mais 61 % considèrent que se passer des outils étrangers ferait perdre en performance. La propagande des grands éditeurs ou clouders a donc bien su pousser l’idée qu’ils sont nécessaires. Garantir l’hébergement des données sensibles en France ou en Europe est un désir de 44 % des répondants. Pour ce faire, des investissements sont nécessaires mais seulement 38 % des répondants estiment important d’investir dans des infrastructures numériques sous contrôle européen. De même, soutenir des champions français et européens du cloud, de l’IA et de la cybersécurité ne récolte que 32 %.






