« En situation de crise, la pire erreur consiste à s'isoler. » Cette phrase, prononcée par Tatiana Brillant, ancienne négociatrice du RAID, a donné le ton de la quatrième édition des Rencontres Internationales de la Supply Chain (RISC), organisée ce mardi à Paris. Alors que les entreprises doivent composer avec l'essor de l'intelligence artificielle, des tensions persistantes sur le recrutement et un environnement économique toujours plus incertain, les débats ont convergé vers une même conviction : la technologie seule ne suffira pas.
Au fil de la matinée, dirigeants supply chain, logisticiens et responsables RH ont multiplié les exemples concrets pour illustrer cette réalité. À commencer par l'intelligence artificielle, omniprésente dans les échanges.
À la tête de la supply chain mondiale de SANOFI, VANESSA CLÉMENDOT pilote actuellement plusieurs projets de transformation liés à l'intelligence artificielle. Pour la dirigeante : « Aujourd'hui, la technologie, c'est la colonne vertébrale, c'est notre backbone. Nous sommes dans une dynamique complètement inverse. Ce n'est plus un élément isolé dans l'organisation. »
« Nous sommes probablement la dernière génération qui ne gérera que des humains. Demain, nous allons gérer des agents et des humains. »
Évoquant les transformations à venir, la responsable supply chain du laboratoire pharmaceutique a également insisté sur l'émergence de nouveaux modes de collaboration entre humains et intelligence artificielle : « Nous allons travailler complètement différemment. Nous allons avoir un certain nombre d'agents qui vont venir travailler avec nous de façon collaborative. Nous sommes probablement la dernière génération qui ne gérera que des humains. »
De son côté, CHRISTOPHE PLOUSEAU, CIO de Louis Vuitton Malletier, a appelé les entreprises à faire preuve de pragmatisme dans leurs projets de transformation. Pour lui : « L'IA, la data, ce n'est jamais magique, ce n'est jamais plug and play. Il faut comprendre en quoi cela augmente un métier, en quoi cela augmente l'humain, en quoi cela augmente les opérations. »
Chez Kuehne+Nagel, CHRISTOPHE VANDROME, Managing Director Contract Logistics France, voit avant tout dans l'intelligence artificielle un levier d'amélioration de la performance des équipes : « Le vrai sujet, c'est comment rendre nos collaborateurs hyper performants. Nous essayons d'intégrer les compétences et les appétences de chacun pour améliorer à la fois la qualité du travail, la rétention et la performance. »
Au-delà de leurs différences de secteurs, les trois dirigeants ont partagé une même conviction : l'intelligence artificielle n'aura d'impact durable que si elle permet d'améliorer le travail des collaborateurs plutôt que de s'y substituer.
Attirer et fidéliser
Dans un contexte de tensions persistantes sur certains métiers de la supply chain, la capacité à attirer et fidéliser les talents est devenue un enjeu stratégique.
« Le dernier kilomètre est un métier d'hommes. La capacité à fédérer ces gens-là, c'est la clé du succès. Si nous ne savons pas redonner de la valeur à ces métiers, nous passons à côté de tout. »
À la tête de Colis Privé, YASMINE IAMARENE est confrontée au quotidien aux enjeux de recrutement et de fidélisation des équipes du dernier kilomètre. Pour la dirigeante, la reconnaissance des métiers de terrain reste un levier essentiel pour engager durablement les collaborateurs : « Le dernier kilomètre est un métier d'hommes. La capacité à fédérer ces gens-là, c'est la clé du succès. Si nous ne savons pas redonner de la valeur à ces métiers, nous passons à côté de tout. » insiste-t-telle.
Même constat chez ALSTOM. SOPHIE ROCQUEMONT, Vice-Présidente Supply Chain France du groupe ferroviaire, Sophie Rocquemont observe une évolution profonde des attentes des collaborateurs, notamment parmi les jeunes générations. Selon elle, les enjeux de sens et de valeurs occupent désormais une place centrale dans l'engagement des équipes : « Sur la tranche d'âge des 25-29 ans, les valeurs et le sens sont devenus de véritables facteurs de satisfaction. Il faut être capable d'expliquer l'impact de ce que l'on fait et la contribution de chacun. »
En guise de conclusion de ces échanges, LIONEL BENEZECH, directeur Supply Chain France d'Orange, a rappelé l'importance pour les entreprises de « se tourner vers l'extérieur, se comparer et confronter leurs pratiques ». Une invitation à l'ouverture qui résumait parfaitement l'esprit de cette édition 2026 des RISC.