Supply
Industrie
le 7 mai 2026
par Stéphanie Gallo Triouleyre

VST : « Nous avons lancé notre troisième plateforme sans interruption de service »

Guillaume Mauduit, directeur des opérations logistiques de la coopérative vendéenne d’artisans du bâtiment, VST explique l’enjeu du développement de sa troisième plateforme logistique. Un investissement de près de 19 millions d’euros qui va aider VST à faire face à sa croissance. Créée il y a tout juste 50 ans, VST est la première coopérative de ce type fondée en France. C’est aussi aujourd’hui la plus importante avec ses 430 salariés, ses 221 M d’€ de chiffre d’affaires et ses 850 adhérents.

Historiquement, VST s’appuyait sur une seule plateforme logistique, implantée sur la commune de la Ferrière en Vendée, son site historique. En 2019, une deuxième plateforme aux Essarts a été créée. Et puis l’année dernière, moins de six ans plus tard donc, un troisième centre logistique a été construit, dans le département voisin du Maine-et-Loire. Pourquoi cette course aux m² logistiques ? 

C’était nécessaire pour être en capacité de répondre à notre croissance très importante. Nous comptons aujourd’hui 850 entreprises adhérentes allant de l’artisan indépendant à des structures de 100 salariés. Nous couvrons cinq départements : la Vendée (85), le Maine-et-Loire (49), la Loire-Atlantique (44), la Vienne (86) et les Deux-Sèvres (79).  Notre activité a doublé en dix ans, ce qui a nécessité une structuration importante.

La plateforme des Essarts, ouverte en 2019, devait initialement nous donner de la capacité pour les années 2020. Mais, entre la conjoncture et la période Covid, elle s’est retrouvée quasiment saturée dès sa livraison. Il a donc fallu rapidement réagir. D’où cet investissement très important, de presque 19 millions d’euros, dans un nouvel espace de 19.000 m² composé de deux grandes cellules et situé sur un terrain de 8 hectares à Chavagnes qui nous permet d’envisager son doublement à terme si besoin. Nous sommes prêts pour le redémarrage du marché du bâtiment… Nous avons à présent près de 60 000 m² de surfaces logistiques réparties en trois plateformes : plus de 20 000 m² à La Ferrière, environ 17 000 à 18 000 m² aux Essarts et 19 000 m² donc à Chavagnes.

Comment expliquez-vous cette croissance ?

Le modèle coopératif est attractif, en particulier en période de crise. Il permet notamment de proposer une alternative aux circuits de distribution traditionnels. Les adhérents bénéficient de conditions d’achat optimisées, mais surtout d’un modèle global puisqu’ils sont copropriétaires de la coopérative. Nous redistribuons 85 % des bénéfices aux adhérents, ce qui favorise leur engagement. Certains réalisent d’ailleurs 100 % de leurs achats via la coopérative. Et puis, nous proposons aussi de nombreux services : formations techniques, gestion, comptabilité, ressources humaines… C’est un accompagnement global, en réalité.

Plus de 95 % des commandes passent par notre plateforme e-commerce. Les adhérents commandent en ligne, avec des tarifs dédiés

Nous couvrons quasiment tous les métiers du bâtiment, à l’exception du bois et du gros œuvre. Nous sommes organisés en sept pôles achats : électricité, CVC, sanitaire, carrelage, isolation, matériaux et outillage, ainsi que des pôles spécialisés comme le tertiaire et les réseaux plomberie. Plus de 95 % des commandes passent par notre plateforme e-commerce. Les adhérents commandent en ligne avec des tarifs dédiés. Nous assurons ensuite la livraison avec notre flotte de plus de 60 camions, à raison de deux à trois livraisons par semaine, généralement en J+1.

La nouvelle plateforme de Chavagnes, qui est robotisée, a ouvert ses portes mi-2025. Racontez-nous sa mise en route…

Avec l’ouverture de ce nouveau centre logistique, il a été décidé de spécialiser chacune de nos plateformes : La Ferrière accueille le CVC et le sanitaire notamment, les Essarts traite l’isolation et les matériaux et Chavagnes ce qui relève des réseaux, de la plomberie et de l’électricité principalement, c’est-à-dire les petits matériels.

Nous avons procédé par étape. L’activité carrelage a été la première à intégrer le nouveau site, juste avant l’été dernier. La partie automatisée, avec le système Exotec, est quant à elle opérationnelle depuis le mois de novembre.

Le déménagement a été complètement transparent pour nos adhérents, sans baisse du niveau de service

Le déploiement a été progressif. Nous avons réussi à transférer des milliers de références sans jamais interrompre l’activité ni les livraisons. C’est une vraie satisfaction car le déménagement a été complètement transparent pour nos adhérents, sans baisse du niveau de service. Nous avons encore des ajustements à opérer mais cela relève surtout de l’amélioration continue : optimisation des flux, organisation interne, emballages… L’objectif à présent est d’absorber pleinement le passage de deux à trois plateformes et d’être prêts pour la reprise de l’activité.

Nous sommes implantés dans un bassin d’emplois très dynamique. Il est essentiel pour nous de conserver l’attractivité de nos emplois

Avec cette nouvelle plateforme, c’est la première fois que vous franchissez le pas de la robotisation. Quelles avancées ?

Le système mis en place avec Exotec comprend 20 000 bacs, 27 robots pour environ 11 700 références, principalement en plomberie et électricité. Globalement, il améliore la fiabilité, réduit fortement les erreurs et permet aussi des inventaires tournants et une meilleure productivité, avec plus de 200 lignes préparées par heure. Au-delà de ces performances, l’enjeu était aussi d’améliorer les conditions de travail. La robotisation permet d’abaisser significativement la pénibilité et de réduire les déplacements pour les équipes. C’est un point très important car nous sommes implantés dans un bassin d’emplois très dynamique. Il est essentiel pour nous de conserver l’attractivité de nos emplois. Nous avons d’ailleurs actuellement une quinzaine de postes ouverts à Chavagnes.

Entre le déménagement et la robotisation, comment avez-vous accompagné le changement en interne ?

La conduite du changement a été largement anticipée, avec une forte implication des équipes, comme nous avons l’habitude de le faire pour l’ensemble de nos projets. Nous fonctionnons de manière très participative : groupes de travail, ateliers, implication dans les schémas d’implantation etc. Les collaborateurs ont pris part au projet, ce qui a facilité leur appropriation. C’est également le cas pour d’autres chantiers que nous menons actuellement, comme le changement d’ERP.

Quelles perspectives désormais ?

Nous continuons de croître, avec environ 30 à 40 nouveaux adhérents chaque année. Nous restons toutefois sélectifs : notre objectif n’est pas de croître à tout prix, mais de préserver la qualité du modèle. Malgré un contexte difficile dans le bâtiment, notre croissance confirme la solidité du modèle coopératif.