Achats
Direction HA
le 23 septembre 2026
par Jérôme Glaenzlin

Orano : les achats au cœur de la relance du nucléaire

Entreprise française spécialisée dans les matières nucléaires, Orano augmente ses capacités industrielles pour répondre à la demande croissante du secteur. Emmanuelle Darot, directrice Supply Chain Groupe, dévoile sa feuille de route pour accompagner cette croissance et sécuriser les capacités de ses fournisseurs.
Emmanuelle Darot, directrice Achats et Supply Chain Groupe d’Orano.

La montée en puissance du nucléaire change la donne pour les achats d’Orano. Le groupe français, spécialiste des matières nucléaires, réalise 61 % de son chiffre d’affaires en France et doit augmenter ses capacités industrielles pour accompagner la croissance du marché. Une dynamique qui place la fonction achats et la sécurisation des fournisseurs au premier plan.

Avec plusieurs grands projets industriels à venir, notamment dans le traitement et le recyclage des matières nucléaires, Orano anticipe une hausse importante de ses volumes d’achats dans les prochaines années. Le groupe, qui a réalisé 5,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, prévoit 2,9 milliards d’euros d’achats en 2026.

La fonction achats et supply chain, qui rassemble entre 350 et 400 collaborateurs, doit donc se préparer à accompagner ce changement d’échelle. L’enjeu est de préparer très en amont les besoins et l’écosystème capable d’y répondre. Emmanuelle Darot, directrice Achats et Supply Chain Groupe d’Orano, rattachée au directeur de la Performance, explique :« Il faut préparer les grands projets de demain, considérables dans le nucléaire. Nous devons vraiment nous tenir prêts en matière de stratégie achats, de préparation des panels et de compréhension approfondie de tout l’écosystème. »

"Nous allons avoir une croissance importante, avec des projets gigantesques, et nous devons au préalable sécuriser le capacitaire de nos fournisseurs et leur savoir-faire."

Le périmètre des achats couvre aussi bien les investissements industriels que les dépenses courantes. Face aux projets à venir, l’objectif ne se limite toutefois pas à négocier les coûts, mais à rechercher une performance durable avec les fournisseurs. Sur ce point, Emmanuelle Darot insiste : « Il faut élever le niveau de la relation client-fournisseur pour arriver à un niveau d’excellence durable, en poussant nos fournisseurs à développer leurs performances et leur excellence opérationnelle. L’idée n’est pas d’obtenir uniquement une baisse commerciale, mais vraiment une performance durable. »

Cette recherche de performance s’accompagne d’un autre défi : s’assurer que les fournisseurs disposent eux-mêmes des moyens nécessaires pour absorber l’augmentation des volumes. La question de leurs capacités industrielles devient ainsi centrale dans la feuille de route achats d’Orano.

Sécuriser les capacités des fournisseurs

La montée en charge d’Orano place les capacités fournisseurs au cœur des enjeux achats. Le groupe doit donner suffisamment de visibilité à son écosystème pour lui permettre d’anticiper les besoins à venir. Emmanuelle Darot résume ainsi l’enjeu : « Nous allons avoir une croissance importante, avec des projets gigantesques, et nous devons au préalable sécuriser le capacitaire de nos fournisseurs et leur savoir-faire. Nous devons vérifier avec eux qu’ils auront bien ces capacités disponibles pour Orano. »

Cet enjeu prend une dimension particulière pour Orano puisque 85 à 90 % de sa masse d’achats est réalisée auprès de fournisseurs français. Emmanuelle Darot souligne : « Certains secteurs très proches, comme la défense ou l’énergie, vont utiliser en même temps énormément de ressources chez les mêmes types de fournisseurs. Il faut donc partager nos projections avec nos fournisseurs et les impliquer plus tôt dans nos appels d’offres pour qu’ils nous accompagnent dans cette aventure. »

« Je pense que les achats doivent être davantage considérés et impacter davantage les décisions. Il est important de collaborer étroitement avec l’ingénierie pour évaluer nos fournisseurs et travailler la performance de notre écosystème. »

Pour sécuriser ses besoins futurs, Orano travaille sur ses panels et envisage d’intégrer de nouveaux fournisseurs, un processus exigeant dans le nucléaire en raison des contraintes de qualification. Sans engager de réorganisation, Orano mène un plan de transformation visant à repositionner la Supply Chain au cœur de l’organisation et à renforcer la place des achats dans les décisions industrielles, notamment aux côtés de l’ingénierie. Emmanuelle Darot estime que cette collaboration doit être renforcée : « Je pense que les achats doivent être davantage considérés et impacter davantage les décisions. Il est important de collaborer étroitement avec l’ingénierie pour évaluer nos fournisseurs et travailler la performance de notre écosystème. Ce n’est pas seulement le rôle des achats, il faut générer un binôme fort Achats - Ingénierie. »

Cette proximité doit également permettre au groupe de mieux exploiter l’expertise de son écosystème. Au-delà de la capacité à produire, Orano attend de ses fournisseurs qu’ils contribuent à l’innovation et à la conception des futures installations du groupe, appelées à fonctionner pendant plusieurs décennies. Et Emmanuelle Darot de conclure : « Nous avons besoin d’identifier et de capter les innovations de nos fournisseurs pour les intégrer et construire les usines de traitement et de recyclage nucléaire du futur. Le challenge consiste à concevoir aujourd’hui des installations qui fonctionneront encore dans plusieurs décennies. »