Quelques mots sur Motul et son histoire pour commencer ?
C’est une longue histoire ! Motul est une entreprise française familiale dont le siège se trouve en région parisienne. Elle a été fondée en 1853. Elle a donc plus de 170 ans. Nous sommes spécialisés dans les fluides destinés aux véhicules et à l’industrie. Notre activité historique couvre les lubrifiants, les liquides de frein, les lave-glaces, les produits d’entretien, les additifs ainsi que des fluides industriels utilisés notamment dans le travail des métaux. Au fil des années, Motul s’est diversifiée et propose désormais des produits de nouvelle génération, comme des fluides d’immersion pour les batteries électriques et les data centers, qui permettent une meilleure régulation thermique et une amélioration des performances énergétiques.
Le groupe compte aujourd’hui 750 collaborateurs dans le monde. Nous disposons d’un site industriel en propre à Vaires-sur-Marne, qui assure la majorité de notre production, complété par des partenariats industriels en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil afin d’accompagner notre développement international.
Pour ma part, je pilote une équipe d’une trentaine de personnes en direct et j’anime fonctionnellement les équipes supply chain et service client de nos douze filiales à travers le monde.
Notre ambition est que la qualité de notre supply chain soit au même niveau d’excellence que celle de nos produits
De quelle manière, selon vous, la Supply Chain contribue-t-elle à la performance globale de Motul ?
Motul bénéficie d’une marque forte, reconnue dans le monde entier, ainsi que d’une expertise technologique historique. Notre ambition est que la qualité de notre supply chain soit au même niveau d’excellence que celle de nos produits. Le nouveau hub logistique de Nangis, les projets de digitalisation, les initiatives de durabilité et les efforts menés sur la résilience de nos opérations poursuivent tous le même objectif : offrir un niveau de service à la hauteur des attentes de nos clients et accompagner durablement la croissance du groupe.
Comme le rappelait également notre équipe de direction, une entreprise centenaire ne peut continuer à se développer qu’en restant innovante. Cette capacité d’innovation repose autant sur les produits que sur la performance de la supply chain qui les accompagne. Aujourd’hui, celle-ci constitue un levier stratégique essentiel pour soutenir les ambitions de Motul.
Vous venez d’inaugurer un nouveau hub logistique. Quelle est son importance dans votre organisation ?
Il est central pour notre performance actuelle et celle des prochaines années. Ce hub logistique, développé avec notre partenaire FM Logistic à Nangis (Seine-et-Marne), constitue désormais le centre névralgique de notre supply chain. Il centralise l’ensemble des flux qui étaient auparavant répartis sur quatre sites logistiques distincts (dont deux déjà opérés par FM Logistic). Cette organisation historique répondait à nos besoins progressifs liés à notre croissance mais avait fini par créer une certaine fragmentation des stocks et des opérations, préjudiciable à la performance globale.
Désormais, toutes nos gammes de produits transitent par ce site unique, qu’il s’agisse des lubrifiants automobiles, des fluides industriels, des produits d’entretien ou encore des nouveaux fluides destinés aux batteries et aux data centers. Le hub alimente ensuite l’ensemble de nos clients et filiales dans près de 160 pays.
Quelques données sur cette nouvelle plateforme, opérée par FM Logistic pour vous ?
Le site dispose de 45 000 m² d’entrepôt et mobilise près d’une centaine de personnes. Il peut traiter jusqu’à 1 500 palettes en réception et autant en expédition chaque jour. Nous y préparons également jusqu’à 6 000 colis quotidiens pour les commandes nécessitant du picking.
Le site gère environ 2 000 références techniques, auxquelles s’ajoutent certains produits marketing destinés à nos événements et à l’animation commerciale de nos marchés. La plateforme dispose au total de 70 000 emplacements palettes, de 40 quais.
Comment avez-vous mené cette transition, depuis quatre sites logistiques vers un seul site donc ?
La transition s’est déroulée en deux étapes. Les premières palettes sont arrivées sur le nouveau site en novembre 2025. Les activités de Châtres ont été transférées en fin d’année 2025, puis celles de Crépy-en-Valois et des sites de débord au printemps 2026. Depuis ce mois-ci, l’ensemble des flux est expédié depuis Nangis.
Nous expédions nos produits vers l’ensemble de nos marchés internationaux, principalement par camion complet ou par container maritime
Justement, parlons des flux…
Nous opérons deux grands types de flux. Le premier concerne le marché français. Nous livrons directement des garages, des distributeurs, des points de vente spécialisés ou encore des industriels. Les volumes peuvent aller de quelques cartons à des palettes complètes, voire à des conditionnements industriels comme des fûts de 208 litres ou des cuves de 1 000 litres.
Le second concerne l’export. Nous expédions nos produits vers l’ensemble de nos marchés internationaux, principalement par camion complet ou par container maritime. Dans certains pays, nous alimentons les stocks de nos filiales, qui assurent ensuite la distribution locale. Dans d’autres, nous travaillons avec des distributeurs-importateurs qui prennent en charge la commercialisation de la marque sur leur marché.
Nous avons conçu ce hub pour absorber l’augmentation des volumes, soutenir notre développement international et gérer la diversification croissante de nos gammes de produits
Quels bénéfices attendez-vous de cette nouvelle centralisation logistique ?
Le premier est l’amélioration de la performance opérationnelle. En regroupant l’ensemble des stocks sur un seul site, nous gagnons en réactivité, en disponibilité produit et en qualité de service. Nous supprimons également les transferts entre entrepôts qui pouvaient rallonger les délais. Tout ce que je viens de vous citer sont évidemment des points clés de la performance d’une supply chain et, finalement de l’entreprise. Cette centralisation renforce aussi notre résilience. Avec un stock unique et une proximité forte avec notre usine de Vaires-sur-Marne, située à seulement 60 kilomètres, nous sommes mieux armés pour répondre rapidement aux besoins des clients.
Ce projet accompagne également la croissance de Motul. Nous avons conçu ce hub pour absorber l’augmentation des volumes, soutenir notre développement international et gérer la diversification croissante de nos gammes de produits.
Et puis, point très important : cette implantation durable (puisque conçue pour nous accompagner sur le long terme) nous permet de développer davantage de solutions multimodales. Nous utilisons déjà des approvisionnements rail-route depuis certains fournisseurs européens et nous avons mis en place des flux par barge jusqu’au port du Havre pour l’acheminement de nos conteneurs maritimes. Avoir un seul site de réception et d’expédition facilitera la transition.
Votre activité présente-t-elle des contraintes logistiques spécifiques ?
Effectivement. Une partie de nos produits relève de la réglementation applicable aux matières dangereuses. Cela implique des contraintes particulières en matière de stockage, de transport et de conformité réglementaire. Nous travaillons ainsi en permanence avec nos équipes R&D et réglementaires afin d’intégrer les contraintes propres à chaque nouveau produit, aussi bien pour le stockage que pour la distribution internationale.
Ce nouveau site a été conçu, dès l’origine, selon les standards les plus récents, tant sur le plan réglementaire qu’assurantiel. Cela nous permet de gérer ces produits dans les meilleures conditions possibles.
Quels sont aujourd’hui les grands enjeux de votre feuille de route ?
Notre priorité immédiate est de tirer pleinement parti de ce nouveau dispositif logistique. Nous travaillons sur la qualité de service, la réduction des délais, la fiabilité des expéditions et le renforcement de la traçabilité des produits.
Nous développons également des solutions de suivi en temps réel des flux, notamment maritimes, afin d’offrir davantage de visibilité à nos clients sur l’acheminement de leurs commandes.
Parallèlement, la digitalisation constitue un axe majeur de transformation. Nous poursuivons l’optimisation de notre ERP et développons de nouveaux outils destinés à améliorer la prévision des ventes, la planification industrielle et la collaboration avec nos fournisseurs.
Dans ce cadre, nous menons actuellement un projet pilote utilisant l’intelligence artificielle pour accompagner les équipes commerciales et supply chain dans leurs prévisions de ventes. Les premiers résultats sont très encourageants ! Sur certains périmètres, nous observons des améliorations à deux chiffres de la fiabilité des prévisions, ce qui génère bien entendu des répercussions positives sur l’ensemble de la chaîne, depuis les approvisionnements jusqu’au service rendu au client final.
La décarbonation fait-elle également partie de vos priorités ?
Absolument. Le nouvel entrepôt est certifié Haute Qualité Environnementale au niveau Excellent. Il intègre des panneaux photovoltaïques, un système de récupération des eaux pluviales, une gestion intelligente de l’éclairage et une isolation performante permettant de réduire les consommations énergétiques.
Au-delà de ce bâtiment, nous travaillons sur l’optimisation des transports. Cela passe par le développement du multimodal, mais aussi par l’amélioration du taux de remplissage des camions et des conteneurs. Sur certaines destinations d’Amérique latine, nous sommes parvenus à augmenter de 5 % le chargement des conteneurs grâce à un travail conjoint avec nos partenaires, ce qui réduit mécaniquement les émissions associées.
Nous étudions également des solutions de décarbonation pour les navettes entre notre usine et le hub logistique. Ce flux représente près de vingt camions par jour, ce qui en fait un levier important de réduction de notre empreinte environnementale.
Nous accordons beaucoup d’importance à la compréhension mutuelle entre les équipes : faire découvrir les opérations logistiques à nos collaborateurs partout dans le monde contribue à renforcer cette culture commune
D’autres sujets de préoccupation ?
Le développement des compétences est un enjeu essentiel. La supply chain est en effet au carrefour de nombreuses fonctions : finance, marketing, commerce, R&D, production ou encore logistique. Nous investissons beaucoup dans l’attractivité de ces métiers et dans l’accompagnement des parcours professionnels. Nous encourageons la mobilité internationale et le développement des talents au sein du groupe. Nous accueillons également des alternants et des stagiaires afin de faire découvrir la réalité de ces métiers qui restent parfois méconnus alors qu’ils jouent un rôle central dans la performance des entreprises. Et puis, nous accordons beaucoup d’importance à la compréhension mutuelle entre les équipes : faire découvrir les opérations logistiques à nos collaborateurs partout dans le monde contribue à renforcer cette culture commune et à mieux connecter les différents maillons de la chaîne. Je n’hésite donc pas à faire visiter nos installations.