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le 8 juillet 2026
par Bertrand Lemaire

Comment le CHU de Rouen est sorti de la Shadow AI avec une IAG pour tous

Le CHU de Rouen a adopté Orange Live Intelligence pour construire une IAG maîtrisée pour tous les agents du GHT Cœur de Seine.
Thierry Samper est AI Program manager au CHU de Rouen.
© Nicolas Broquedis
Thierry Samper est AI Program manager au CHU de Rouen.

Le Groupement Hospitalier de Territoire Coeur de Seine est centré sur le CHU de Rouen et comporte huit autres établissements de la région rouennaise, d’Yvetot à Neufchâtel-en-Bray. Le CHU de Rouen comporte lui-même un établissement principal, l’Hôpital Charles Nicolle, et quatre autres établissements dont un EHPAD. Le CHU repose sur plus de dix mille collaborateurs et son SI sous l’autorité du DSI, Sylvain François. « Les GHT mutualisent des moyens, à commencer par l’accueil des patients, mais chaque établissement fait ses propres choix » explique Thierry Samper, AI Program Manager au CHU de Rouen. Certains sont ainsi mutualisés sur certains établissements et pas d’autres. Les achats IT sont, eux, unifiés même si chaque DSI d’établissement va décider de certains éléments comme le nombre de licences.

Travaillant sur des données de santé, données parmi les plus sensibles, le CHU et son GHT ont évidemment de lourdes obligations. Il est absolument impossible de confier des données de cette nature à un cloud public, à un service en ligne non-sécurisé ou, pire, à un SaaS extra-européen. Or, depuis fin 2022, la vague de l’IAG a déferlé sur le secteur de la santé comme ailleurs. Sans maîtrise, la Shadow AI pouvait mettre en danger les données. Et la facture des services d’IAG pouvait croître très vite sans que de telles dépenses soient auparavant budgétées. D’autant que les budgets publics sont sous tension.

Un SI fortement sensible

Pour garantir la sécurité et la confidentialité des données, la grande majorité du SI est on premise, environ 280 des 300 applications. Le solde est cependant bien du SaaS. Thierry Samper soupire : « beaucoup de partenaires veulent rajouter de l’IA et demandent, à cette occasion, à ce que nous basculions en SaaS. La gestion des coûts est différente. Personne ne passe au SaaS par plaisir. » Mais lorsque l’on veut déployer de l’IA sur des infrastructures on premise, la facture peut monter très vite : les investissements à consentir sont considérables et tout à fait hors budget pour un CHU.

« Nous avions constaté que les requêtes vers des IAG externes, en pure Shadow AI, croissaient de manière exponentielle » se désole Thierry Samper. Celui-ci a été embauché justement pour construire une feuille de route IA mais il ne partait pas d’une page vierge. Il y avait une forte demande et des sollicitations des collaborateurs, soignants ou non, pour sortir des outils type ChatGPT. Ce service était, de toute façon, impossible à souscrire en achat public et était hors budget.

Répondre à la demande métier en restant dans le budget

Comme le souligne Thierry Samper, « la question était bien comment répondre à la demande en confiance et dans le cadre du budget ? » Originaire du Sud-Ouest, il a eu recours à une expression locale pour décrire les propositions faites par les différents offreurs au CHU : le « concours de truites ». Mais un établissement comme le CHU de Rouen ne peut pas se permettre de dépenser inutilement de l’argent dans un outil clinquant et sans réelle valeur ajoutée. « En IA, soit on fait du flamboyant, soit on fait de l’utile » tranche Thierry Samper.

La demande en IA/IAG émanait de toutes les activités : recherche, parcours de soin, qualité de vie au travail… sans oublier la préparation des modes de travail de demain. Dans 70 % des cas, l’usage relève, selon l’estimation faite, du « confort » : rédiger un e-mail, réaliser une présentation… De tels usages ne sont certes pas incontournables mais « servent à l’acculturation et préparent l’avenir ». Le solde, 30 %, correspond à de l’agentique et à de l’IAG métier.

Un choix d’IA maîtrisée et souveraine

Le sujet a été présenté à la direction générale du CHU et du GHT. Et le choix fait a été au-delà de ce qui était initialement envisagé : l’IAG n’a pas été réservée à quelques heureux élus mais mise à disposition de l’ensemble des collaborateurs de tous les établissements du GHT. Et le choix d’outil s’est porté sur Orange Live Intelligence, solution commercialisée par Orange Business. Le GHT s’est ainsi doté d’un chatbot affectueusement nommé Charlie (par référence à Charles Nicolle).

Développer un outil interne on premise était tout à fait hors des possibilités budgétaires. Mais Orange Live Intelligence répondait aux exigences du CHU et du GHT. « Orange Live intelligence a été conçu, au départ pour Orange en interne afin de protéger l’opérateur du Shadow AI » mentionne Thierry Samper. Il s’agit en fait d’un portail de curation permettant un accès à tous les gros LLM du marché. Ce portail permet la création d’agents (20 000 ont été créé chez Orange) mais « l’agentique ne sert à rien s’il n’y a pas auparavant d’acculturation ». La plateforme comporte des modules et des processus de formation.

Respecter les budgets

Parmi les fonctions de curation, la plateforme propose aussi la maîtrise des coûts. Chaque collaborateur ou service dispose ainsi d’un budget. Il s’agit ensuite de choisir les services adaptés, plus ou moins onéreux, selon les besoins. Il ne s’agit pas seulement d’IAG mais aussi d’agentique et d’IA métier. « Mais il faut acculturer au préalable » insiste Thierry Samper. Il ajoute : « plus on réduira le Shadow AI, mieux ça sera ». L’avantage d’opérer dans le secteur de la santé est que les collaborateurs y sont sensibilisés dès leur formation aux nécessités de confidentialité.

Les LLM proposés ont non seulement des performances et des coûts différents mais aussi des confidentialités différentes. L’administrateur du portail choisit quels LLM peuvent être utilisés avec les données de tel niveau de confidentialité. Certains LLM sont les services en ligne publics mais d’autres, les plus sécurisés, sont hébergés en interne chez Orange. Les LLM proposés par Orange en interne pourront être agréés Hébergeur de Données de Santé (HDS). Certains LLM peuvent bénéficier de contrats spécifiques garantissant la confidentialité des données comme avec Google ou OpenAI.

La RSE sacrifiée ?

Un dernier problème surgit lorsque l’on évoque l’IA et notamment l’IAG : la consommation de ressources. Or le CHU de Rouen a pris des engagements en matière d’IT responsable (moindre consommation de ressources notamment). Les personnels sont donc déjà sensibilisés à la question. Et le portail Orange Live Intelligence propose un suivi de la consommation. « L’effet Waouh du portail n’a pas été l’accès à x LLM mais bien le suivi de la consommation » relève Thierry Samper.

Le projet a été lancé avec une cinquantaine de béta-testeurs choisis en vertu de leur appétence à l’IA et leur représentativité de profils. Ces béta-testeurs sont destinés à être des relais d’acculturation, en pair-à-pair, au fil du déploiement, toujours en cours. Beaucoup sont habitués à transmettre des savoirs (par exemple en étant enseignants). Premier déploiement d’IA au sein du CHU et du GHT, le coût de la licence d’Orange Live Intelligence n’est que de quelques euros par mois et par collaborateur. Thierry Samper conclut : « nous payons pour voir mais nous ne faisons pas tapis pour voir ».