À quelques kilomètres de Barcelone, dans la commune de Lliçà d’Amunt, Mango a installé ce qui constitue aujourd’hui le cœur de sa supply chain mondiale. Un site à la fois industriel et stratégique, par lequel transitent l’ensemble des flux produits de l’enseigne. Derrière cette organisation, un choix structurant : centraliser pour gagner en agilité. Dès l’arrivée sur le site, le ton est donné. Le centre logistique de Mango ne ressemble pas aux standards du secteur. « La plupart des entrepôts se trouvent dans des zones industrielles, souvent un peu grises, un peu tristes, sans beaucoup de fenêtres », souligne Jochen Grosspietsch, Chief Supply Chain Officer de Mango. Ici, au contraire, l’environnement tranche. Lumière naturelle, vues sur Barcelone et le Tibidabo, œuvre d’art d’un célèbre artiste catalan à l’entrée des bureaux : l’entreprise revendique une continuité entre ses espaces de création, ses magasins et ses opérations logistiques. « Nous voulons que quelqu’un qui arrive ici avec un camion ressente la même chose qu’un client qui entre dans un magasin », poursuit-il.
Un hub central au cœur des flux et du pilotage des stocks
Le site logistique de 280 000 mètres carrés constitue le point de passage unique de l’ensemble des collections (un investissement de plus de 267 millions d’euros). Il s’organise autour de trois zones distinctes : une zone de pliage, dédiée aux articles réceptionnés en cartons ; une dédiée aux vêtements sur cintres ; et une dernière consacrée au traitement des expéditions en ligne où travaillent 600 personnes. L’espace de penderie offre une capacité de stockage de 7 millions de vêtements, tandis que la zone de pliage peut en accueillir jusqu’à 20 millions. Tous les produits, qu’ils proviennent des usines ou des partenaires, convergent vers cet entrepôt avant d’être redistribués. « On peut dire que la Gallery et le Campus (centre de création et siège social) représentent le cœur émotionnel de l’entreprise. Mais ici, c’est la circulation du sang, résume Jochen Grosspietsch. Toutes les pièces Mango passent par cet endroit. » Ce choix organisationnel constitue le socle du modèle logistique du groupe. Il permet à l’entreprise de conserver une vision globale des stocks et d’ajuster en permanence l’allocation des produits. Cette centralisation totale est au cœur du modèle. Contrairement à d’autres enseignes qui répartissent leurs stocks dès l’amont entre différentes zones géographiques, Mango fait le choix inverse : tout regrouper pour conserver une maîtrise maximale. « Tout ce que nous achetons et produisons dans nos usines arrive ici. À partir de ce centre, nous stockons les produits, nous les préparons et nous les expédions. » Le site approvisionne plus de 120 marchés à l’international. Il alimente à la fois les magasins, les franchisés, les partenaires wholesale et les plateformes e-commerce. Il constitue également le point d’approvisionnement des entrepôts satellites destinés à rapprocher les stocks des clients finaux.
Une organisation omnicanale flexible et industrialisée
Cette centralisation répond à un objectif clair : maintenir de la flexibilité dans un environnement commercial de plus en plus instable. « Tant que le stock est ici, nous avons la possibilité de l’envoyer où nous le souhaitons, explique le Chief Supply Chain Officer. Si le canal en ligne se développe davantage, nous pouvons orienter les ventes vers l’e-commerce. Si les magasins se portent mieux aux États-Unis qu’en Espagne, nous pouvons ajuster les flux en conséquence. » Contrairement à des modèles reposant sur une répartition initiale des stocks par zone géographique, Mango conserve ici une capacité d’arbitrage en temps réel. « Nous ne sommes pas contraints de répartir les produits dès le départ entre différentes zones.
" S’il existe des restrictions ou des zones dans lesquelles il est difficile d’entrer, nous les surveillons en permanence. Grâce à la flexibilité de notre organisation, nous pouvons réagir à tout moment."
Tout est centralisé ici pour l’ensemble du réseau omnicanal mondial », insiste-t-il. Dans les faits, cette organisation permet d’adapter rapidement les flux selon les performances commerciales et les contraintes externes. « S’il existe des restrictions ou des zones dans lesquelles il est difficile d’entrer, nous les surveillons en permanence. Grâce à la flexibilité de notre organisation, nous pouvons réagir à tout moment. » Le site est capable de traiter plus de 85 000 vêtements par heure. Cette performance repose sur une organisation optimisée et sur l’intégration progressive de technologies avancées via l’automatisation. Il est équipé d’un trieur de sachets pour séquencer les commandes et automatiser la gestion des retours, ainsi que de robots mobiles autonomes pour les déplacements internes, et d’un trieur d’expédition pour la gestion des envois. Au cours des dernières années, Mango a engagé une transformation en profondeur de son modèle logistique. L’entreprise a simplifié ses circuits de livraison en magasin, rationalisé ses opérations et standardisé le fonctionnement de ses entrepôts satellites. Cette transformation s’est accompagnée de la mise en place de nouveaux systèmes de distribution, d’outils de gestion des stocks plus performants et de l’intégration de la RFID directement dans les vêtements. L’objectif est clair : améliorer la traçabilité, accélérer les flux et fiabiliser les opérations à grande échelle.
Centralisation, proximité et performance opérationnelle
Si tout converge vers Barcelone, le modèle n’est pas pour autant figé. Mango a structuré un réseau d’entrepôts satellites. « Pour l’e-commerce, il est nécessaire d’être plus proche des clients, rappelle Jochen Grosspietsch. Il existe donc d’autres entrepôts situés dans différentes régions. » Le site joue un rôle de hub central, capable d’alimenter ces plateformes en fonction des besoins. Dans certaines zones, les commandes peuvent être expédiées directement depuis Barcelone, tandis que dans d’autres cas, les flux transitent par des sites relais afin de réduire les délais de livraison.
" Notre rôle consiste à gérer le flux de marchandises. Nous intervenons dès l’importation, en lien avec les fournisseurs et les usines "
Cette organisation hybride permet de concilier centralisation des stocks et proximité client. Au fil de la visite, un autre élément apparaît clairement : Mango ne considère pas ce site uniquement comme un outil logistique, mais comme un environnement de travail à part entière. « Dans un entrepôt, en général, on regarde surtout les coûts. On ne prête pas vraiment attention à l’environnement ou à l’expérience, souligne Jochen Grosspietsch. Ici, nous avons voulu faire l’inverse. » Le bâtiment a été pensé pour offrir des conditions de travail différentes. « Chez Mango, nous avons des valeurs et une identité. Et nous voulons que cela soit visible pour tous nos employés, qu’ils travaillent dans un magasin, au siège ou dans un entrepôt. » La proximité entre les équipes supply chain et les autres fonctions renforce le pilotage global. « Notre rôle consiste à gérer le flux de marchandises. Nous intervenons dès l’importation, en lien avec les fournisseurs et les usines », explique Jochen Grosspietsch. Le site s’appuie enfin sur des systèmes intralogistiques avancés permettant de traiter des volumes importants tout en limitant les erreurs. Il intègre également des critères d’efficacité énergétique, avec une énergie 100 % renouvelable et des matériaux limitant les besoins en chauffage et en climatisation. Ce modèle, exigeant sur le plan opérationnel, offre un avantage clé : la capacité d’arbitrer en permanence l’allocation des produits. « Tant que le stock est ici, nous avons le choix », résume Jochen Grosspietsch.