Supply
Industrie
le 23 juin 2026
par Stéphanie Gallo Triouleyre

Boiron « L’automatisation de notre plateforme a permis de tripler notre productivité »

Clément Jessaume est le directeur de site logistique du laboratoire pharmaceutique Boiron, leader mondial de l’homéopathie avec 501 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et 2 800 salariés. Il pilote la plateforme de 18 000 m² située près de Lyon sur laquelle est centralisée la logistique mondiale du groupe depuis 2020. Équipée des systèmes Scallog, celle-ci a permis des gains significatifs. Son principal défi désormais : accompagner la croissance du groupe à l’international.

Quelle est l’organisation logistique des laboratoires Boiron aujourd’hui ?

Boiron s’appuie sur deux sites de production en France : l’un à Messimy dans le Rhône et l’autre en Île de France. La logistique est quant à elle centralisée sur une plateforme de distribution située aux Olmes, dans le Rhône.

Cette plateforme constitue le point névralgique de l’ensemble des flux logistiques. Tous les produits issus des deux sites de production y sont acheminés avant d’être redistribués vers les différents marchés.

Pour la France, la distribution repose sur un réseau de 11 établissements régionaux. Il ne s’agit pas de véritables entrepôts mais plutôt d’antennes logistiques d’environ 500 à 600 m². Ces établissements préparent les commandes destinées aux pharmacies et assurent un rôle comparable à celui des grossistes-répartiteurs. C’est un modèle assez unique, la plupart de nos confrères de l’industrie pharmaceutique s’appuient sur les grossistes-répartiteurs. Nous, nous préférons préparer nos commandes et les acheminer vers nos partenaires grossistes-répartiteurs qui, eux, se chargent de l’acheminement vers les pharmacies. Nous les utilisons comme prestataires transport. Nous avons choisi cette voie parce que notre gamme est très étendue, jusqu’à 30 000 souches potentielles : il serait impossible de stocker l’ensemble des références chez des grossistes traditionnels.

Seule exception à ce que je viens de vous dire : les campagnes annuelles de commandes différées liées aux pathologies hivernales. Durant cette période, nous préparons directement sur la plateforme les commandes destinées aux pharmacies françaises. À titre d’exemple, 130 000 lignes de commandes ont été préparées au mois d’août dernier pour une livraison début septembre.

Pour le reste du monde, tout part également de la plateforme des Olmes : nous approvisionnons nos 21 filiales et 25 distributeurs à travers le monde.

Pouvez-vous nous donner quelques chiffres ?

La plateforme a une superficie de 18 000 m² et emploie 18 collaborateurs, que je pilote. Chaque jour, elle traite en moyenne 365 palettes (réceptions et expéditions). L’activité de préparation représente entre 1 500 et 4 000 lignes de commandes quotidiennes. L’entrepôt gère environ 15 000 lots différents, avec une variation de plus ou moins 1 000 lots selon les périodes.

Le groupe a décidé de mener un important projet de transformation logistique et informatique

Cette plateforme existe depuis 2018. Qu’est-ce qui avait motivé sa création et qu’a-t-elle permis d’optimiser ?

Avant cette réorganisation, l’activité était répartie sur trois sites différents : Messimy, Sainte-Foy-lès-Lyon et un troisième site aujourd’hui fermé. Une partie du stockage palettes était également externalisée faute de capacité suffisante. La préparation de commandes était déjà réalisée en interne, mais l’organisation était fragmentée et reposait sur plusieurs outils informatiques distincts selon les activités France et export. Le groupe a donc décidé de mener un important projet de transformation logistique et informatique. Il s’agissait d’accompagner la diversification des activités, de renforcer notre compétitivité et d’accélérer le développement à l’international à la suite du déremboursement de l’homéopathie en France.

Plusieurs enjeux avaient été identifiés : centraliser les opérations sur un seul site, mettre fin au stockage externe, standardiser les processus, unifier les outils informatiques et gagner en réactivité face aux attentes d’un marché exigeant qui nécessite une extrême réactivité.

Comment a été mené le déploiement de cette nouvelle plateforme ?

La plateforme a ouvert fin 2018 et l’année 2019 a été consacrée au déploiement du WMS Reflex et de la solution Scallog, ainsi qu’au rapatriement des stocks auparavant externalisés. La préparation de commandes a ensuite débuté progressivement en janvier 2020. Les collaborateurs ont été associés au projet, formés aux nouveaux outils et impliqués dans les phases de tests avant le démarrage opérationnel. Rappelons que le déploiement est intervenu en 2020, dans un contexte particulièrement complexe marqué par cette crise sanitaire dont on se souvient tous… Mais je dois dire que cela a été particulièrement formateur pour tout le monde.

Dans le détail, la solution Scallog se matérialise par 830 étagères mobiles acheminées par 30 robots vers quatre stations de préparation. Nous disposons au total de 46 000 emplacements logistiques.

Pour quels bénéfices ?

Le principal gain concerne la productivité des préparations de commandes de détail. Grâce à la solution robotisée, la productivité a été multipliée par trois, permettant d’atteindre jusqu’à 250 lignes préparées par heure selon la typologie des commandes et le nombre de références traitées. Cette performance variant naturellement selon les clients et la complexité des commandes. L’automatisation a également contribué à réduire fortement les erreurs. Le taux d’erreur est aujourd’hui limité à 0,04 %, il nous sera donc difficile de faire mieux... Les erreurs restantes concernent essentiellement des écarts de quantité. À titre d’exemple, une quinzaine d’erreurs de quantité ont été enregistrées sur le système durant le mois dernier, malgré plusieurs centaines de lignes traitées quotidiennement par opérateur.

Nous sommes capables de répondre aux commandes dans un délai de 24 heures, ce qui correspond aux standards attendus par le marché. La recherche de gains supplémentaires demeure évidemment un axe de travail constant mais nous sommes largement au niveau attendu par nos clients.

Quels sont aujourd’hui vos principaux défis ?

L’enjeu majeur consiste à accompagner le développement international du groupe. Le marché américain connaît actuellement une forte croissance. Pour soutenir cette expansion, Boiron a ouvert sa première véritable plateforme logistique internationale il y a quelques semaines, aux Etats-Unis. Cette installation de 7.000 m² remplace en partie une organisation précédemment confiée à UPS et permet d’internaliser davantage les opérations logistiques afin d’accompagner la croissance du marché américain, qui est très importante. Pour notre plateforme française, cela implique une augmentation des flux vers les États-Unis ainsi qu’un besoin accru de réactivité et de flexibilité. Certains produits peuvent connaître des hausses de demande très rapides là-bas, nécessitant une forte capacité d’adaptation. Nous sommes très vigilants sur ce point.