Supply
Consultant
le 28 janvier 2026
par Guillaume Trécan

IA : la supply chain et les achats entrent dans l’ère de l’industrialisation

Avec son édition 2026, l’étude Trends of AI de KPMG et des EnthousIAstes marque un tournant : l’intelligence artificielle quitte le champ de l’expérimentation pour s’ancrer dans les opérations. Si toutes les fonctions sont concernées, la supply chain et les achats apparaissent comme deux terrains stratégiques, soumis à de fortes tensions économiques et opérationnelles. Entre gains mesurables, maturité encore inégale et défis structurels, l’IA s’impose comme un accélérateur… à condition de dépasser le stade du test.

L’édition 2026 de Trends of AI confirme un basculement majeur : l’intelligence artificielle n’est plus abordée comme une technologie émergente mais comme un levier opérationnel concret. Après plusieurs années d’exploration, les entreprises entrent dans une phase de structuration, avec des trajectoires plus claires et des attentes de création de valeur désormais assumées.

Cette évolution est particulièrement visible dans les fonctions exposées à la volatilité économique, aux tensions d’approvisionnement et à la pression sur les coûts. Supply chain et achats figurent parmi les métiers où l’IA est perçue comme une réponse directe aux enjeux de performance, de résilience et d’anticipation des risques.

L’étude repose sur les retours de 356 dirigeants et experts métiers, issus de huit grandes fonctions, et met en évidence un point clé : si l’adoption progresse partout, la capacité à passer à l’échelle reste très dépendante de la qualité des données, de la maturité des outils et de la gouvernance mise en place.

Supply chain : des gains déjà tangibles, mais encore partiels

Dans les métiers de la supply chain et de la production, l’IA s’impose progressivement comme un levier de compétitivité. L’étude souligne une montée en maturité nette : les cas d’usage sont mieux identifiés, les premiers déploiements sont engagés et les bénéfices commencent à être mesurables.

Près de 60 % des organisations constatent des gains de productivité mesurables, généralement compris entre 10 et 20 %. L’amélioration de la prévision de la demande constitue l’un des apports les plus significatifs, avec des gains de précision estimés entre 5 et 10 points.

Les usages les plus matures concernent l’optimisation du plan de production, la prévision des volumes à stocker, l’optimisation du transport et la maintenance prédictive. Les technologies cœur — WMS, TMS et MES — apparaissent comme les premiers points d’ancrage, concentrant jusqu’à 24 à 29 % de cas d’usage déjà en production.

En revanche, les dispositifs plus avancés, tels que les jumeaux numériques ou les plateformes de gestion des risques supply chain, restent encore peu déployés, malgré de fortes attentes en matière de pilotage en temps réel et de résilience.

Une valeur reconnue, mais encore difficile à démontrer

Si la valeur opérationnelle de l’IA est largement reconnue, sa traduction financière reste complexe. L’étude montre que les bénéfices directs — réduction des coûts logistiques ou de stockage — demeurent difficilement objectivables pour une majorité d’entreprises.

Le principal frein n’est pas culturel, mais structurel. Seuls 6 % des répondants estiment que leur suite applicative est pleinement adaptée à l’IA, tandis que 47 % la jugent seulement partiellement compatible. L’interopérabilité des systèmes, la qualité des données et la modernisation du socle technologique apparaissent ainsi comme des prérequis incontournables.

Pour autant, l’adhésion des équipes est réelle. La majorité des acteurs supply chain anticipe une intégration de l’IA sans résistance majeure, à condition d’un accompagnement ciblé des équipes terrain, notamment sur les fonctions de planification et de gestion des stocks.