Supply
Industrie
le 24 juin 2026
par Jérôme Glaenzlin

Le Slip Français : « Pour rendre le Made in France compétitif, il faut des volumes »

Après plusieurs années de recul et un modèle économique mis sous pression, Le Slip Français a retrouvé le chemin de la croissance et de la rentabilité. Pour Républik Supply, Erwan Baudin, directeur des opérations du Slip Français, revient sur les choix qui ont permis à la marque de gagner en compétitivité tout en conservant son ADN Made in France.

Réduire ses prix tout en continuant à produire en France : voilà le pari qu'a relevé Le Slip Français pour retrouver le chemin de la croissance et de la rentabilité. Après plusieurs années de recul et un modèle économique mis sous pression, la marque a engagé une profonde transformation de son organisation et de ses opérations. Un pari qui semble aujourd'hui porter ses fruits. En 2025, Le Slip Français a enregistré près de 21 millions d'euros de chiffre d'affaires et prévoit de poursuivre sa croissance en 2026. Derrière cette transformation se cache avant tout une remise en question du modèle historique de l'entreprise. Erwan Baudin, directeur des opérations du Slip Français, dresse le constat suivant : « Nous nous sommes rendu compte que le sous-vêtement n'était pas un produit de mode mais un produit d'équipement. Les clients n'achètent pas un slip comme ils achètent une pièce de mode. Ils l'achètent parce qu'ils en ont besoin. »

« Plus nous réduisons la complexité, plus nous gagnons en lisibilité, en volumes et en efficacité opérationnelle. À l'inverse, lorsque nous multiplions les références, nous dispersons les volumes et nous complexifions l'ensemble de la chaîne. »

Cette prise de conscience a conduit l'entreprise à revoir son offre afin de concentrer ses efforts sur les produits les plus demandés et les plus performants. Cette évolution s'est traduite par une réduction d'environ 30 % du nombre de références afin de simplifier les opérations et de concentrer davantage les volumes. Pour Erwan Baudin, cette simplification constituait une étape indispensable pour améliorer la performance globale de l'entreprise : « Plus nous réduisons la complexité, plus nous gagnons en lisibilité, en volumes et en efficacité opérationnelle. À l'inverse, lorsque nous multiplions les références, nous dispersons les volumes et nous complexifions l'ensemble de la chaîne. »

Réduire la complexité ne suffisait toutefois pas. Pour rendre son modèle plus compétitif tout en conservant une fabrication française, l'entreprise devait également gagner en productivité et en volumes. Une ambition qui a conduit Le Slip Français à accélérer l'industrialisation de sa production.

Pour Erwan Baudin, la compétitivité du Made in France passe avant tout par la capacité à produire davantage : « Pour rendre le Made in France compétitif, il faut des volumes. Pour avoir un prix d'achat divisé par deux, il fallait que nous ayons un engagement de volume. » L'entreprise est ainsi passée de commandes de quelques milliers de pièces à des commandes de plusieurs centaines de milliers de pièces, lui permettant de gagner en efficacité et en compétitivité.

Pour accompagner ce changement d'échelle, l'entreprise s'appuie notamment sur l'usine Bonne Nouvelle à Aubervilliers et poursuit la digitalisation de ses opérations afin de piloter plus finement sa performance industrielle.

Structurer la croissance

À mesure que les volumes augmentaient, Le Slip Français a également dû structurer ses flux, ses outils et son organisation. À la tête des opérations, Erwan Baudin pilote un périmètre large qui couvre notamment la production, la logistique, le transport et le service client. Une équipe de sept personnes l'accompagne au quotidien dans la gestion de ces activités. Avec près de 80 à 90 % du chiffre d'affaires réalisé en e-commerce, la maîtrise des flux constitue un enjeu stratégique pour l'entreprise. Le directeur des opérations rappelle ainsi le poids de ce canal dans l'activité de l'entreprise : « Aujourd'hui, le chiffre d'affaires et la croissance du Slip Français sont essentiellement portés par l'activité e-commerce. »

« Aujourd'hui, nous avons presque supprimé l'externalisation du service client. L'équipe peut désormais consacrer son temps aux demandes les plus complexes tandis que les demandes d'information sont traitées automatiquement. »

Pour accompagner cette croissance, l'entreprise s'appuie sur plusieurs outils de pilotage, parmi lesquels Shopify pour le site e-commerce, Prios pour l'ERP et Logtex pour la gestion logistique. Le Slip Français déploie également un outil de gestion de production assistée par ordinateur afin de suivre plus finement les performances de ses ateliers. Cette recherche d'efficacité passe également par l'intelligence artificielle. L'entreprise a notamment déployé la solution Yuma pour automatiser une partie du traitement des demandes clients. Aujourd'hui, entre 40 et 50 % des tickets du service après-vente sont pris en charge automatiquement, permettant aux équipes de se concentrer sur les demandes les plus complexes. Erwan Baudin de préciser : « Aujourd'hui, nous avons presque supprimé l'externalisation du service client. L'équipe peut désormais consacrer son temps aux demandes les plus complexes tandis que les demandes d'information sont traitées automatiquement. »

La performance opérationnelle se joue également sur le terrain logistique. Chaque année, Le Slip Français expédie entre 250 000 et 300 000 colis et poursuit un travail continu d'optimisation de ses coûts de distribution. L'entreprise a notamment réduit son nombre de transporteurs et renforcé l'utilisation du point relais afin d'améliorer son taux de service tout en réduisant ses coûts logistiques. Sur ce point, Erwan Baudin ajoute : « Nous avons utilisé le point relais comme un véritable levier de conversion. Cela nous a permis d'améliorer notre taux de service tout en faisant baisser notre coût moyen par colis. »

Derrière ces transformations, un même objectif : démontrer qu'un modèle industriel français peut être compétitif et accessible.Comme le résume enfin Erwan Baudin : « Il faut sortir de l'émotion du Made in France. Si nous voulons montrer que c'est possible, alors il faut rendre le Made in France accessible. »