Supply
Consultant
le 25 mars 2026
par Guillaume Trécan

AUTF : « La question de la décarbonation est centrale »

Lors de la première réunion du nouveau conseil d’administration de l’AUTF qui s’est tenue le 11 mars dernier, l’association a acté un changement de présidence. Yves Antoine, le directeur des achats logistiques mondiaux d’Arkema remplace Mourad Bensadik, l’ex directeur supply chain de Carrefour devenu directeur général des supermarchés Match.

Quelles sont les missions prioritaires de l’AUTF sur lesquels vous allez axer votre présidence ?

La principale mission de l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF), inscrite sous notre logo, consiste à être « la voix des chargeurs ». Nous devons nous positionner vis-à-vis de nos adhérents comme des experts de l’univers du transport de marchandise, ce que nous déclinons en deux priorités : d’une part représenter les chargeurs face au monde institutionnel et politique pour orienter les politiques publiques et d’autre part accompagner nos adhérents dans la compréhension des enjeux et des réglementations. Nous devons leur proposer des bonnes pratiques, des partages d'expérience et des cadres notamment sur la décarbonation, leur apporter de la compréhension de la compétence de l'expertise.

Qui sont les adhérents de l’AUTF ?

Les chargeurs que l’on retrouve parmi les 180 adhérents de l’AUTF, sont des entreprises de toutes tailles et de tous secteurs d'activité. Ces chargeurs représentent une multiplicité de réalités allant de très grandes entreprises industrielles gérant des volumes considérables, un très grand nombre de sites et d’usines, mais aussi des entreprises de taille intermédiaire aux volumes plus faibles et aux moyens plus limités.

Le sujet de la décarbonation dans le transport est central, à la fois pour l’Etat, pour les acteurs du transport et pour le monde des chargeurs

L’AUTF s’est fortement engagée dans la décarbonation avec les dispositifs Remove et Fret21. Allez-vous maintenir cet engagement ?

Nous allons continuer notre engagement au service de la décarbonation de nos adhérents. Nous nous apprêtons d’ailleurs à signer un partenariat dans ce sens avec l’Ademe. Le sujet de la décarbonation dans le transport est central, à la fois pour l’Etat, pour les acteurs du transport et pour le monde des chargeurs. Nous sommes unanimes sur la nécessité d’agir mais encore faut-il définir un chemin commun. C’est un des éléments de ma feuille de route.

Il n’est pas simple de définir les rôles et responsabilité de chacun, ainsi que le partage des coûts sur ce sujet, dans un contexte de tensions budgétaires, aussi bien au niveau de l’Etat que des finances privées, avec un écosystème de transporteurs aux marges faibles. Nous devons trouver notre équilibre dans un dialogue constructif, notamment sur le cadre politique et législatif.

Sur quels sujets liés à la réglementation travaillez-vous ?

L’AUTF contribue au projet de loi-cadre relatif au développement des transports, initié par le gouvernement dans la foulée de la conférence Ambition France Transport de juillet 2025. Nous sommes plus particulièrement concernés par l’article 17 qui porte sur la tarification des opérations portuaires et l’article 18 sur l’électrification du transport de marchandises.

Quelles solutions de décarbonation prônez-vous ?

Nous réfléchissons sur les solutions que nous pouvons mettre en œuvre tout de suite comme le camion électrique et nous restons en veille sur des solutions plus avant-gardiste. La décarbonation ne repose pas sur une solution unique. Le camion électrique peut être pertinent pour la logistique urbaine, mais beaucoup plus incertain pour les trajets de longue distance, le ferroviaire, l'intermodalité sont d’autres solutions qu’il convient de considérer. Or, nous avons face à nous des interlocuteurs sectoriels – des transporteurs routiers, maritimes, aériens, etc. L’AUTF doit donc travailler pour rechercher la complémentarité des modes et pousser cette logique auprès des acteurs institutionnels et du gouvernement.

Portrait : L'AUTF est une association qui m'a accompagné pendant mes trente années de carrière. Lorsque j’ai été élu par le conseil d’administration, je présidais la commission ferroviaire. C’est une des sept commissions de l’AUTF avec les commissions route, route en compte propre, fluvial, maritime, aérien, douane et commerce international. Passé successivement par Renault Group, Lafarge, Rhodia, Norbert Dentressangle puis Fret SNCF.