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Grands événements
le 29 octobre 2026
par Tanguy Leclerc

Route du Rhum : le village départ, pilier du modèle économique de la course

Ouvert depuis le 20 octobre à Saint-Malo, le village départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe est une pièce maîtresse de l’économie de l’événement. Avec une offre de divertissement renforcée, les organisateurs entendent enrichir l’expérience du public et donner davantage de portée aux dispositifs des marques.
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Avant la traversée de l'Atlantique, il y a les quais de Saint-Malo. Pendant treize jours, jusqu’au départ du 1er novembre, le village de la Route du Rhum réunit skippers, partenaires et grand public aux pieds des remparts de la Citée Corsaire. Plus d’un million de visiteurs sont attendus autour des 115 bateaux engagés. Entre activations de marques, rencontres avec les navigateurs et opérations de relations publiques, cette séquence à terre constitue un temps fort pour les partenaires et les collectivités, qui y touchent une audience bien plus large que les seuls passionnés de voile. Cette capacité à rassembler tient notamment à la gratuité du village, qui façonne aussi son modèle économique. En l’absence de billetterie, l’organisateur s’appuie sur les partenariats, les espaces commerciaux et les hospitalités pour financer la manifestation. Pour le territoire, l’enjeu est de convertir cette affluence en dépenses dans les hôtels, les restaurants et les commerces. Le succès populaire doit ainsi trouver sa traduction économique, dans l’enceinte du village comme au-delà.

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Le divertissement prend ses quartiers

Pour cette édition 2026, OC Sport Pen Duick a choisi d’étoffer l’offre sans étendre le périmètre du village. La surface des structures - stands et chapiteaux - passe néanmoins de 11 000 à 13 000 m². L’ambition est de mieux accueillir les visiteurs et de leur proposer davantage d’animations. « C’est autant un festival populaire qu’un événement sportif », résume Joseph Bizard, directeur général d’OC Sport.

Une grande scène centrale accueille les présentations des skippers et les concerts programmés, tandis qu’une brasserie de 1 800 m² complète les espaces de convivialité. Aux écluses, des gradins d’une capacité de 2 500 personnes permettent d’assister aux sorties et rentrées des bateaux. Des illuminations nocturnes, confiées à la société Spectaculaires, prolongent la mise en scène du site après la tombée du jour. Autant de dispositifs qui font de l’attente du départ un spectacle à part entière. Cette montée en puissance concerne aussi les sponsors, invitées à donner du contenu à leur présence. Pour Joseph Bizard, les moyens engagés sur place doivent servir un propos et une expérience, au-delà de la seule exposition des logos. Avec une fréquentation quotidienne qu’il situe à 120 000 personnes, le village offre une occasion de nouer un contact direct avec les publics. Encore faut-il leur donner une raison de s’arrêter sur un stand.

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Le village, centre de recettes

Cette ambition se déploie dans un cadre budgétaire en hausse. La Route du Rhum mobilise 11,5 millions d’euros en 2026, contre 10 millions en 2022 et 8 millions en 2018, soit une progression de près de 44 % en huit ans. Les recettes du village et des hospitalités représentent 22 % du financement, devant les inscriptions des concurrents et les contributions des collectivités hôtes, qui pèsent chacune 20 %. Le sponsoring apporte 35 % des ressources, les 3 % restants provenant de prestations et d’opérations complémentaires. Le village remplit ainsi plusieurs fonctions commerciales : il offre aux exposants un accès au grand public, permet aux partenaires de déployer leurs dispositifs et accueille une importante activité de relations publiques. Gérées par Rivacom Events, les hospitalités concernent quelque 20 000 personnes. Pour les entreprises, les pontons deviennent un cadre de réception et d’entretien de leurs réseaux. Les collectivités achètent, elles aussi, des prestations de communication et d’hospitalité. La Région Guadeloupe engage notamment 1,5 million d’euros dans le partenariat titre, inclus dans les recettes de sponsoring, en complément de sa contribution de collectivité hôte.

Des retombées à mieux partager

Pour Saint-Malo, l’intérêt économique dépasse largement les recettes de l’organisation. Selon l’étude réalisée par EY pour la Ville, l’édition 2022 a généré 29,1 millions d’euros de retombées directes. La restauration arrivait en tête, avec 9,7 millions d’euros, devant l’hébergement, à 8,7 millions, les transports, à 4,2 millions, et les commerces, à 3,8 millions. Leur répartition fait toutefois débat. Avec ses bars, ses restaurants et ses animations, le village est devenu une destination capable de retenir les visiteurs pendant plusieurs heures. Une attractivité qui suscite les réserves de certains restaurateurs intra-muros, inquiets de voir une partie de la consommation leur échapper. Le renforcement de l’offre sur les quais rend d’autant plus nécessaire la circulation des publics vers la ville. La création du « OFF du Rhum », nouveauté de cette édition, répond en partie à cet enjeu à doit contribuer à élargir les parcours de circulation du public. Concerts, expositions, rencontres et déambulations composent une programmation qui dépasse le périmètre du village pour irriguer Saint-Malo et son agglomération. Son efficacité économique dépendra de sa capacité à transformer la visite des quais en fréquentation des autres quartiers.

Une expérience plus riche, une exploitation plus exigeante

L’amélioration de l’accueil du village départ intervient dans un contexte de hausse des dépenses. À l’inflation s’ajoutent les exigences de sécurisation et les engagements environnementaux. L’enveloppe consacrée à la RSE atteint environ 400 000 euros. Elle couvre notamment la protection des sites naturels accueillant les spectateurs, les études d’impact carbone et la sensibilisation aux mobilités. L’évolution la plus tangible de cette nouvelle édition concerne toutefois l’énergie : le village est désormais intégralement alimenté par le réseau électrique public, sans groupes électrogènes au fuel ou au gaz pour ses installations. La Ville de Saint-Malo a créé ou renforcé trois postes de transformation, portant la puissance disponible de 2 500 à 4 000 kVA. L’investissement répond aux besoins immédiats de la course, tout en laissant au territoire des infrastructures utilisables après le démontage. « La Route du Rhum est le laboratoire de notre philosophie d’organisation d’événements », explique Joseph Bizard, convaincu que le rendez-vous sportif de demain devra aussi être un événement de divertissement.