Sécurité
le 26 mai 2026

Vidéoprotection intelligente au profit des collectivités territoriales

Pour évoluer vers une ville plus connectée et plus sûre, les maires doivent faire un choix stratégique en investissant dans la vidéoprotection intelligente ou algorithmique. C’est non seulement une réponse immédiate aux enjeux de sécurité, mais aussi une brique essentielle dans la construction de la ville de demain. Les possibilités techniques sont importantes mais les freins juridiques, en France, sont encore très présents.

  1. Vidéosurveillance ou vidéoprotection

Ces deux termes sont souvent confondus, mais le droit français les différencie rigoureusement. Cette distinction conditionne les formalités à accomplir, l'autorité compétente et les obligations applicables.

  • Vidéoprotection : elle concerne la voie publique et les lieux ouverts au public (commerces, halls d'accueil, parkings publics, agences bancaires, hôtels, restaurants, cinémas) ; régie par le Code de la sécurité intérieure, l’autorité compétente est la Préfecture du département.
  • Vidéosurveillance :elle est relative aux lieux non ouverts au public (entrepôts, bureaux internes, réserves, locaux techniques, parties privatives d'une copropriété). Régie par la RGPD et la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 modifiée, elle est soumise au contrôle de la CNIL.

  1. Apports de la vidéoprotection intelligente (ou augmentée)

Face à la montée des incivilités, des délits et du sentiment d’insécurité, de nombreuses communes recherchent des solutions technologiques performantes pour améliorer la sécurité dans l’espace public. La vidéoprotection intelligente s’impose comme un outil indispensable pour les mairies voulant renforcer leur politique de prévention et de sécurité locale. La vidéoprotection intelligente repose sur l’intelligence artificielle (IA), le traitement automatique des images et l’analyse prédictive. Elle permet une surveillance plus efficace, réactive et respectueuse des libertés fondamentales.

La vidéoprotection intelligente diffère des systèmes classiques par sa capacité à analyser les images en temps réel. Les caméras, souvent équipées de capteurs haute définition, sont connectées à des logiciels de traitement vidéo basés sur l’IA. Ces systèmes permettent de :

  • Détecter en temps réel :

des infractions présumées  (stationnement interdit, circulation à contre-sens, dépôt sauvage, usage d’un moyen de déplacement interdit dans le lieu concerné etc.) ;

des événements et comportements « suspects » ou potentiellement dangereux (attroupements d’individus, port d’armes, bagages abandonnés, etc.).

  • Reconnaître des plaques d’immatriculation (contrôle d’accès ou véhicules suspects).
  • Gérer les flux de circulation urbaine et optimiser le déploiement des forces de sécurité.
  • Traiter les données en temps réel pour agir en préventif et dans l’urgence.

Les caméras « augmentées », différentes des caméras traditionnelles, permettent de filmer des personnes mais aussi de les analyser de manière automatisée, en temps réel, afin de collecter des informations les concernant (visage, vêtements, ..). Ces outils vidéo peuvent conduire à un traitement massif de données personnelles, potentiellement à l’insu des personnes. Les logiciels envisagés sont notamment capables d’isoler et de suivre une personne sur une grande quantité d’images et de reconstituer son trajet, sans que les agents aient besoin de visionner des heures d’enregistrements.

L’intelligence artificielle transforme la vidéoprotection passive en sécurité proactive grâce à une analyse contextuelle au fil de l’eau. Elle réduit les fausses alertes de 95% tout en respectant le RGPD, optimisant l’efficacité des agents et la protection des biens. Un progrès technologique clé pour anticiper les risques plutôt que de réagir a posteriori. La caméra algorithmique apprend à reconnaître un incident, une anomalie ou un comportement suspect.

  1. Bénéfices pour les collectivités territoriales

La vidéoprotection intelligente s’inscrit dans une dynamique plus large de ville intelligente (smart city). En consolidant les données de vidéosurveillance avec des infos émises par d’autres capteurs urbains (pollution, flux de personnes, éclairage public, bruits), les collectivités locales peuvent améliorer leurs actions dans la prévention, la gestion de crise et la prise de décision adaptée. À terme, ces outils pourraient interagir avec d’autres services comme les transports publics, les alertes citoyennes ou la gestion énergétique, pour créer un environnement urbain plus sûr et plus réactif.

Investir dans la vidéoprotection intelligente permet aux mairies de répondre à de multiples enjeux locaux. Les bénéfices, tant à court qu’à long terme, sont visibles à plusieurs niveaux :

  • Prévention de la délinquance .
  • Soutien aux enquêtes judiciaires .
  • Optimisation des ressources humaines .
  • Sécurisation des habitants .
  1. Encadrement juridique

La mise en place de la vidéoprotection intelligente par une mairie doit respecter une réglementation stricte, notamment pour garantir la protection de la vie privée et des données personnelles. En France, ces dispositifs sont encadrés par :

  • Le Code de la sécurité intérieure (articles L251-1 et suivants).
  • Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD).
  • Les délibérations de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés).

Une autorisation préfectorale est obligatoire pour installer un système de vidéoprotection sur la voie publique. Les citoyens doivent être informés de la présence de caméras à travers des panneaux visibles indiquant la finalité du dispositif, notamment pour la sécurité des personnes et des biens.

L’Analyse d’Impact sur la Protection des Données (AIPD) est quasiment obligatoire et permet de construire un traitement conforme au RGPD et respectueux de la vie privée ; en effet, dans la vidéoprotection, un traitement de données personnelles est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits et libertés des personnes concernées.

L'autorisation préfectorale est valable 5 ans à compter de la date de l'arrêté. Elle doit être renouvelée avant échéance pour maintenir le dispositif en service.

  1. Freins à la généralisation de la vidéoprotection intelligente

Le premier bémol est que les personnes filmées par les caméras « augmentées » disposent de droits reconnus par la RGPD, en particulier le droit de s’opposer au traitement mis en œuvre. Mais, les personnes ne peuvent généralement pas s’opposer à l’analyse de leur image car les conditions d’exercice du droit d’opposition sont, souvent, difficilement acceptables.

L’objectif de l’expérimentation pour les JO 2024 était d’apprécier, dans le respect des exigences de la CNIL, l’augmentation de la capacité des opérateurs vidéo à détecter des situations inhabituelles en les alertant sur les situations anormales détectées par l’intelligence artificielle, sur la base des événements programmés à rechercher. La décision d’intervention doit rester entre les mains de l’opérateur humain vidéo. Les types d’évènements à rechercher sont  : la présence d’objets abandonnés, la présence ou utilisation d’armes, tout non-respect par une personne ou un véhicule, du sens de circulation commun, le franchissement ou la présence d’une personne ou d’un véhicule dans une zone interdite ou sensible, la présence d’une personne au sol à la suite d’une chute, un mouvement de foule, une densité trop importante de personnes, des départs de feux. Cette expérimentation interdit expressément la reconnaissance faciale et le traitement de données biométriques, et toute forme de recoupement avec des fichiers de données personnelles.

Le recours à titre expérimental à des caméras utilisant l’intelligence artificielle a été prolongé, le 20 mai 2026 par le Sénat, jusqu'en 2030, et étendu à l'intérieur des bâtiments accueillant du public. Certains élus ont tenté de s’y opposer, invoquant un glissement vers une société de « surveillance généralisée ».

Cette évolution encourageante met en avant l’étendue des cas d’usages envisagés pour ces dispositifs et leur mise en place potentielle dans de nouveaux espaces (aéroports, gares, musées, etc.). En effet, pour retrouver les images demandées par les services de police, des caractéristiques physiques (vêtements, taille, démarche, couleurs de cheveux, etc.) sont fournies à l’algorithme afin que ce dernier mette en avant les images et séquences vidéo correspondant aux informations.

En conclusion, la vidéoprotection classique devra céder sa place à la vidéoprotection algorithmique qui offre des services beaucoup plus riches et flexibles. La problématique actuelle n’est pas technique car les algorithmes sont puissants mais c’est le pouvoir législatif qui reste timoré. Faut il privilégier les droits et les libertés de individus ou leur sécurité physique ?

Ces enjeux seront au cœur des discussions lors de nos PublicsDays 2026 avec l'intervention notamment de Chems Akrouf, Directeur de la Sécurité et de la Prévention VILLE D'ARGENTEUIL autour de l’interconnexion et la complémentarité des systèmes de vidéoprotection et de gestion de l’espace public

Rejoignez-nous pour échanger avec des experts et approfondir les problématiques liées à la vidéoprotection intelligente au sein des collectivités territoriales.

👉 Inscrivez-vous dès maintenant :