
Pouvez-vous nous présenter Tech-Nature ?
Pierre Morvan : Nous fabriquons des produits cosmétiques de soin uniquement en marque blanche, ce qui nous permet d’être plus créatifs et libres. Nous développons des savoir-faire que nous présentons à des marques puis, le cas échéant, nous adaptons notre savoir-faire aux univers des marques.
Nous disposons de trois usines (cosmétiques en poudre, cosmétiques liquides et conditionnement) dans le Finistère, dont une dans le centre de Brest construite dans une ancienne friche. Nous avons 207 salariés et nous réalisons un chiffre d’affaires de 28 millions d’euros.
Nous travaillons dans 65 pays mais nos clients peuvent, eux, travailler dans beaucoup plus de pays. La zone géographique où les produits sont diffusés est très importante pour leur conception. Nous avons environ 1500 marques clientes. Parfois, un seul interlocuteur dans un pays va gérer plus de vingt marques locales.
Nous sommes un sous-traitant technologique, pas un sous-traitant capacitaire. Nous réalisons des cosmétiques de soin. Nous travaillons donc avec des marques de cosmétiques variées, de la PME à la multinationale spécialisée dans le luxe, mais aussi avec des marques de distributeurs spécialisés, pas des marques de distributeurs de grande distribution qui vont rechercher des produits moins techniques.
Notre métier bascule vers la data qui est devenue un véritable levier d’accélération et d’innovation.
Comment est organisée votre IT ?
Lucas Vallée : Notre DSI comprend sept collaborateurs internes, ce qui est beaucoup vue notre taille, mais beaucoup de collaborateurs ont des compétences tech et nous avons aussi recours à un intégrateur. Nous avons de moins en moins de « profils purs » en développement ou en administration système. Et nous utilisons de plus en plus l’IA pour développer au-delà des compétences brutes individuelles.
Quels sont vos grands choix d’architecture ?
Pierre Morvan : Nous recourons le moins possible au Cloud, c’est à dire uniquement quand nous n’avons pas le choix. Par exemple, nous utilisons Microsoft Office 365 par exemple mais aussi, pour ceux n’ayant pas de relations externes, des logiciels libres.
Nous voulons maîtriser de ce que nous faisons et ce que nous utilisons. Nous voulons piloter notre IT en autonomie. Et comme nous avons trois sites, nous pouvons disposer d’une redondance entre sites.
Nous utilisons actuellement un ERP, en l’occurrence Sage X3, mais ce choix n’est pas adapté à notre situation. D’ailleurs, j’ai du mal à croiser des entreprises réellement satisfaites de leur ERP.
Lucas Vallée : L’ERP implique par principe des rigidités qui rendent difficile la prise en compte de processus industriels agiles.
Pierre Morvan : Cependant, je pense qu’il est urgent d’attendre au lieu de chercher une autre solution. En effet, la révolution IA va sans aucun doute amener de grosses évolutions sur le marché, notamment sur la manière pour les éditeurs de répondre aux besoins de leurs clients.
Vous êtes une PME et, malgré tout, vous avez eu recours au développement à façon interne pour votre outil cœur de métier. Pourquoi ?
Pierre Morvan : Nous avons développé ce qui n’existe pas sur le marché, pour l'essentiel avec C#, VueJs et MongoDB. Et, de ce fait, plusieurs clients à qui nous avons montré nos outils et nos méthodes pour leur expliquer comment nous allions travailler ensemble ont voulu acheter la solution que nous avions développée. Ce produit aurait pu répondre au problème qu’eux-mêmes rencontrait. Mais nous n’étions pas en mesure de gérer un déploiement externe avec la maintenance, le service, etc. Nous avons donc refusé.
Tech-Nature gère actuellement plus de 2000 projets industriels avec des livraisons réparties sur les cinq prochaines années. Chaque projet peut avoir jusqu’à une douzaine d’intervenants. Une telle gestion de projets n’existe pas sur le marché. Et, pourtant, nous avons commencé avec des fichiers Excel où le nombre d’onglet montait… Aujourd’hui, nous disposons donc de notre propre outil et nous le faisons évoluer selon nos besoins.
Lucas Vallée : Au-delà de la gestion de projets au sens strict, nous avons des fonctionnalités dédiées, par exemple, aux formulateurs, en R&D, avec une gestion des formules, des conformités réglementaires (autorisation ou non de certains principes actifs selon tel ou tel pays…), etc.
Le développement est local, l’hébergement est local.
Et l’IA ?
Pierre Morvan : Nous avons ajouté une couche d’IA pour exploiter toute la data issue de notre expérience. Cette IA nous permet, par exemple, de repérer l’incompatibilité de certains ingrédients. Sur ce type de tâches, l’IA est plus performante que les humains.
Nous avons formé tout le monde à l’IAG, pas seulement telle ou telle catégorie de personnels. Si quelqu’un n’utilise pas l’IA professionnellement, il l’utilisera ailleurs et c’était donc utile pour tous. Une deuxième salve de formations plus poussées va concerner des développeurs et des volontaires pour les faire gagner en performance et en productivité.
Quel bilan tirez-vous et quelles perspectives voyez-vous pour cet outil ?
Pierre Morvan : Nous sommes intarissables sur nos envies ! Nous cherchons toujours à améliorer l’outil, notamment pour gagner en agilité. Cependant, il y a un piège qu’il faut savoir éviter : le traitement des exceptions. Il faut savoir garder de la souplesse, dire « stop » et éviter de consacrer des ressources à la fabrication d’usines à gaz.
Lucas Vallée : Nous avons vingt-cinq années d’expérience humaine. Nous faisons confiance aux humains. Et nous gardons la valeur humaine où elle est.
Pierre Morvan : Les spécialistes en chimie ne vont pas devenir des développeurs. Ils restent sur leur coeur de métier. L’outil réenchante les métiers. Nous n’avons aucun turn-over. Nos collaborateurs sont habitués à un outil dont ils ne trouveront nulle part ailleurs un équivalent. Il leur serait difficile de s’adapter dans une autre entreprise après avoir connu cela.
Lucas Vallée : Beaucoup de collaborateurs se sont construits par et pour Tech-Nature.