Réduire les kilomètres sans freiner la croissance : voici le défi clé pour SodaStream. Basée à Carquefou, près de Nantes, la filiale française pilote ses flux depuis son propre entrepôt. La marque développe un modèle de boissons à domicile reposant sur la recharge de gaz et la réutilisation des cylindres. Ce modèle s’appuie sur une organisation logistique spécifique, liée à la gestion et au retour des recharges sur l’ensemble du territoire.
D’origine écossaise, Frank Hughes, directeur des opérations et de la supply chain de SodaStream France depuis 2022, passé notamment par Neuhaser et United Biscuits, supervise l’ensemble des activités liées aux approvisionnements, à la logistique et au transport. Le directeur supply souligne le rôle central de cette organisation : « Chez SodaStream, la supply chain ne se limite pas à l’exécution logistique. Elle garantit la disponibilité des produits tout en soutenant notre promesse environnementale. C’est un levier clé de notre modèle. »
En France, SodaStream s’appuie sur une structure d’environ 90 collaborateurs, dont une trentaine dédiée aux opérations et à la supply chain. La filiale française, qui a réalisé 76,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (contre 94,9 M€ en 2021), accompagne l’évolution de la demande à travers ce modèle circulaire. Le modèle repose sur un parc installé important, avec environ 10 millions de foyers équipés en France, générant des flux réguliers de recharges sur l’ensemble du territoire.
« Nous ne faisons pas seulement de la distribution. Nous gérons aussi le retour, le contrôle et la remise en circulation des cylindres. Cela change profondément la manière de piloter la supply chain. »
Le fonctionnement repose sur un système circulaire dans lequel les consommateurs échangent leurs cylindres de gaz vides en magasin. Ceux-ci sont ensuite collectés, contrôlés, rechargés puis remis en circulation. Chaque recharge permet de produire jusqu’à 60 litres d’eau pétillante, et une recharge est échangée toutes les deux secondes en France, ce qui impose une gestion fine des flux, à la fois en distribution et en retour. Frank Hughes insiste sur cette spécificité : « Nous ne faisons pas seulement de la distribution. Nous gérons aussi le retour, le contrôle et la remise en circulation des cylindres. Cela change profondément la manière de piloter la supply chain. »
Cette complexité logistique s’est construite dans le temps, autour d’une organisation initiale des flux aujourd’hui remise en question. Le directeur supply revient sur ce fonctionnement historique : « Historiquement, les cylindres collectés en magasin étaient systématiquement renvoyés vers Carquefou avant d’être expédiés vers les Pays-Bas pour être rechargés. Ce schéma ne correspondait plus à la réalité des flux. ».
Face à ce constat, les équipes ont engagé une remise en question de leur organisation logistique. Frank Hughes revient sur cette démarche : « Nous avons complètement challengé l’organisation historique de nos flux logistiques. Certains circuits n’étaient plus optimisés au regard des distances parcourues. Il fallait adapter notre modèle à la réalité des flux. »
Les cylindres collectés dans le sud et le sud-est de la France y sont désormais regroupés avant d’être envoyés directement vers les Pays-Bas, sans repasser par Carquefou.
Un tournant logistique
Pour y répondre, SodaStream a mis en place un nouveau point de collecte à Saint-Priest, près de Lyon, afin d’adapter ses flux à la géographie réelle des usages. Les cylindres collectés dans le sud et le sud-est de la France y sont désormais regroupés avant d’être envoyés directement vers les Pays-Bas, sans repasser par Carquefou.
L’objectif est de disposer d’une information plus fiable et partagée pour anticiper plutôt que subir les variations. La qualité des prévisions est un levier clé pour la performance.
Le directeur supply précise : « L’objectif était de supprimer les étapes inutiles et de massifier les flux pour limiter les kilomètres parcourus. C’est une approche très concrète de l’amélioration continue. »
Ce nouveau schéma concerne environ 30 % des flux, soit près de 2 millions de cylindres, et a permis d’économiser 1,5 million de kilomètres en six mois, avec à la clé une réduction d’environ 63 % de l’empreinte carbone associée.
Pour piloter ces transformations, SodaStream s’appuie sur des outils de planification et de pilotage des flux, notamment un système d’Integrated Business Planning (IBP) et un ERP harmonisé à l’échelle du groupe, afin d’améliorer la visibilité et d’anticiper les variations de la demande. Frank Hughes souligne l’importance de la donnée : « L’objectif est de disposer d’une information plus fiable et partagée pour anticiper plutôt que subir les variations. La qualité des prévisions est un levier clé pour la performance. »
La performance repose également sur une collaboration étroite avec les partenaires logistiques, notamment Heppner, impliqué dans la refonte des schémas de transport. Le directeur supply insiste sur cette dimension : « Nos partenaires ne sont pas de simples prestataires. Nous co-construisons avec eux les solutions logistiques. Cette coopération est essentielle pour améliorer la performance. »
Frank Hughes conclut sur les principes qui guident cette transformation : « Il faut de la cohérence avec la stratégie, du courage pour challenger l’existant et une forte coopération avec nos partenaires. C’est ce qui nous permettra de faire évoluer durablement notre supply chain. ».