« La crise au Moyen‑Orient et les tensions qu’elle provoque sur les prix des carburants » étaient au cœur des préoccupations évoquées par Philippe Tabarot lors de l’inauguration du SITL (Salon international du transport et de la logistique), mardi 31 mars. Un contexte lourd de conséquences pour les transporteurs routiers, que le ministre dit avoir pleinement en tête. Des acteurs économiques comptant beaucoup de TPE et PME chez qui les carburants peuvent représenter jusqu’à 25 %, voire 30 % des coûts d’exploitation.
« Notre priorité est de tout faire pour que les professionnels du transport routier puissent poursuivre leur activité », a insisté le ministre, rappelant le poids stratégique du secteur dans l’économie française : près de 3 % du PIB national et plus de 40 000 emplois directs.
« Chacun devra prendre sa part pour que nous puissions traverser collectivement ce moment difficile »
Des aides d’urgence ciblées et limitées
Face à cette situation, Philippe Tabarot a également tenu à adresser un message clair aux chargeurs, représentés dans la salle, notamment par le président de l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF), Yves Antoine. « Chacun devra prendre sa part pour que nous puissions traverser collectivement ce moment difficile », a‑t‑il déclaré, invitant les donneurs d’ordre à respecter strictement les règles contractuelles. « Aux chargeurs, je le redis : les règles des contrats doivent s’appliquer et les hausses de prix de carburant être répercutées. »
Pour soutenir les entreprises les plus exposées, le gouvernement met en place une aide exceptionnelle. Un premier arsenal de mesures comprend une enveloppe de 50 millions d’euros pour le seul mois d’avril, ainsi que des reports de cotisations sociales et des possibilités d’étalement des charges fiscales. Une réponse que le ministre qualifie d’« approche réaliste, responsable et ciblée ». « L’État n’a plus les marges de manœuvre nécessaires pour engager des dépenses sans qu’elles soient ciblées et efficaces. Chaque euro public doit être investi là où son impact sera le plus fort », a‑t‑il précisé, revendiquant la nécessité de « concilier soutien et rigueur budgétaire ».
Faire muter les supply chain : souveraines, décarbonées, résilientes
Au‑delà de l’urgence, Philippe Tabarot a souhaité élargir la perspective et rappeler les défis structurels qui attendent la filière. Il a notamment qualifié 2026 d’« année charnière » pour les organisations de supply chain. « Nous ne pouvons plus dépendre autant des chaînes d’approvisionnement mondiales fragiles, des carburants volatils et des tensions géopolitiques qui bloquent des routes maritimes », a‑t‑il averti, appelant à privilégier les approvisionnements locaux et le recours à des carburants décarbonés, au service d’« une souveraineté qui nous protège ».
« Notre chaîne de transport et de logistique doit pouvoir absorber les chocs, disposer de plans B, de stocks tampon et d’outils numériques de prévision et de réorganisation rapide des flux »
La transition écologique du transport de marchandises constitue un autre axe central du discours ministériel. L’objectif est clair : diviser par cinq les émissions du secteur d’ici 2050. Cela passera notamment par l’électrification des flottes, un chantier majeur dont les conclusions du groupe de travail conjoint entre le ministère des Transports et le ministère de la Transition écologique sont attendues prochainement. « La décarbonation passera aussi par le report modal vers le rail et le fluvial », a rappelé Philippe Tabarot.
Enfin, le ministre a insisté sur la notion de résilience. « Notre chaîne de transport et de logistique doit pouvoir absorber les chocs, disposer de plans B, de stocks tampon et d’outils numériques de prévision et de réorganisation rapide des flux », a‑t‑il souligné.
Pour accompagner ces transformations, le gouvernement entend proposer un cadre stable à travers la future loi‑cadre sur le développement des transports, qui sera débattue au Sénat fin avril. Ce texte vise à refonder le modèle de financement du secteur afin de répondre au mur d’investissements qui se profile. La fiabilisation, l’électrification et la modernisation des infrastructures ferroviaires y occupent une place centrale, tout comme l’instauration d’un prix unique de manutention des conteneurs dans les ports maritimes, quel que soit le mode de pré‑ et post‑acheminement — routier, ferroviaire ou fluvial.